Le lancement imminent du grand débat national n’y change rien : les "gilets jaunes" préparent de nouveaux rassemblements samedi à travers la France, et semblent vouloir se concentrer entre Paris, théâtres de violences samedi dernier, et un lieu inhabituel, Bourges.
(...) Le lieu de rassemblement, annoncé à La Défense sur Facebook - avec 3.000 participants et 15.000 personnes intéressées jeudi - devrait être dévoilé au dernier moment, comme lors des autres samedis. (...)
Jeudi midi, aucune demande d’autorisation de manifestation n’avait encore été déposée, selon la préfecture. Pourtant, 2.500 participants disaient vouloir s’y rendre sur Facebook et 12.000 personnes étaient intéressées. Inquiète, la ville démonte ses horodateurs, fait retirer les engins de chantier et fermera ses musées samedi.
D’autres rassemblements sont annoncés dans plusieurs villes : Bordeaux, Marseille, Toulouse, Lyon, Strasbourg, Lille, Nantes, Rennes... Les manifestants prévoient aussi une reprise des blocages et certains appellent à retirer leur argent des banques, sans susciter l’inquiétude du secteur. Ils sont soutenus par Solidaires, seul syndicat à appeler à rejoindre les cortèges. (...)
Le placement en détention provisoire de l’ex-boxeur surnommé le "gitan de Massy", la cagnotte de soutien organisée en sa faveur, et celle lancée pour soutenir les forces de l’ordre ont nourri plusieurs passes d’armes sur le terrain des valeurs. Face à des vidéos de gens du voyage qui incitent à en découdre dans la capitale samedi, le préfet de police a transmis trois signalements à la justice. Tout ceci alors que de nombreux députés de la majorité reçoivent des menaces et que les relations entre médias et "gilets jaunes" se dégradent. (...)
Pour samedi, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé un dispositif de sécurité "considérable" : avec 80.000 policiers et gendarmes, dont 5.000 à Paris, il retrouvera son niveau de la mi-décembre.
Dans ce contexte, le grand débat national, promis comme la voie de sortie de crise, semble patiner avant son coup d’envoi.
La démission de Chantal Jouanno, qui devait l’organiser, après la polémique suscitée par son salaire mensuel brut de 14.666 euros, met l’exécutif sous pression, alors qu’Emmanuel Macron doit se déplacer mardi dans l’Eure pour lancer la consultation. D’autant qu’entre thèmes ouverts et lignes rouges fixées à l’avance, l’opposition et certains gilets jaunes doutent déjà ouvertement de son utilité. (...)
Côté manifestants, on oscille entre détermination et inquiétude. "On attend une réaction de l’État avec une mise en place du RIC (référendum d’initiative citoyenne) et avec des mesures de pouvoir d’achat très concrètes", explique à l’AFP Alex, organisateur des manifestations à Valence (Drôme). "S’il y a les deux réunis, le mouvement c’est fini." Dans sa ville, "il y avait environ 3.000 personnes samedi dernier et il n’y avait aucun média national pour dire que ça s’est bien passé", regrette-t-il. Mais "il faut vite qu’ils réagissent. Il y a des gens qui en ont marre d’être pacifistes et ça va être de plus en plus difficile à gérer."