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Une institutionnalisation des gangs armés
« Barbecue » est le président du G9, un groupement de neuf gangs très puissants de Port-au-Prince. La création du G9, le 10 juin 2020, a été poussée par le président en place Jovenel Moïse, via la création d’une commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion sociale (CNDDR). Elle a permis de fédérer les gangs armés les plus importants de l’île.
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Un groupement que l’intéressé présentait alors comme une sorte de think-tank sur l’avenir des quartiers et des ghettos haïtiens : « Les ghettos n’ont jamais bénéficié de rien. Nous n’avons ni écoles professionnelles, ni hôpitaux de qualité, nous sommes délaissés. (…)
Nous sommes en train de travailler pour obtenir une alliance afin de faire taire les armes dans ces quartiers », pouvait-on ainsi lire dans le Nouvelliste. Et l’ex-policier de formellement nier toute relation avec le régime de Jovenel Moïse.
Avec « Barbecue » comme président du G9, les assassinats se sont multipliés dans le pays. Selon nos informations, entre juillet 2020 et janvier 2021, près de cent citoyens haïtiens ont été tués. De même, les cas de kidnapping ont augmenté de façon exponentielle les six derniers mois. D’après plusieurs sources, ceux-ci se font dans une violence inouïe, notamment à l’encontre des femmes, victimes de viols dans 90% des cas. Un enfant a encore été enlevé cette semaine, lundi 25, alors qu’il se rendait à l’école accompagné de sa mère.
Deux poids, deux mesures
Le mois de janvier 2021 a été marqué par de nombreuses mobilisations exhortant notamment au départ de Jovenel Moïse, président du pays, et à la fin de la corruption en Haïti. Celles-ci ont toujours été dispersées par la police, à coup de gaz lacrymogène. Un ex-sénateur a même été arrêté.
Le même traitement n’est pas réservé lorsque Cherisier et ses hommes décident de battre le pavé. Pour preuve, ce 22 janvier « Barbecue », en toute impunité, alors qu’il est encore activement recherché, était à la tête d’une manifestation. Son but ? Dire non au kidnapping, à l’insécurité et à la cherté de la vie.
« Barbecue » est ainsi devenu le symbole de la gangstérisation de l’Etat. Tragiquement, il est loin d’être le seul. A l’instar du « Christ », qui opère à Fontamara, quartier populaire de la capitale, également membre du G9.
Le mandat de Jovenel Moïse doit prendre fin dans une dizaine de jours, le 7 février 2021. Nombre de citoyens ne redoutant qu’il s’accroche à son siège – chose qu’il a déjà promise-, ils s’organisent en ligne pour le pousser vers la sortie.
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