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Marie-Claude Saliceti
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France Bleu
Harcèlement au Refuge : "Beaucoup savaient et n’ont rien dit, il faut une enquête sérieuse pas un simple audit"
Article mis en ligne le 7 janvier 2021

Après l’enquête de Mediapart sur les pratiques managériales douteuses au sein de l’association le Refuge, fondée à Montpellier pour venir en aide aux homosexuels rejetés par leur famille, les langues se délient. Témoignage sur France Bleu Hérault d’un ancien salarié.

Depuis la mi-décembre, la direction du Refuge, cette fondation créée à Montpellier au début des années 2000 pour venir en aide aux jeunes LGBT rejetés par leurs familles et qui intervient désormais sur tout le territoire français, est dans la tourmente.

Ses deux principaux dirigeants, Nicolas Noguier, son fondateur et président, ainsi que son compagnon, Frédéric Gal, qui occupe le poste de directeur de la Fondation, ont décidé juste avant Noël de se mettre en retrait de l’association après la publication d’une enquête de Mediapart.

Dans cette enquête, une cinquantaine d’anciens bénévoles ou salariés du Refuge dénoncent du harcèlement moral ou sexuel de la part du couple Noguier/Gal, et de graves défaillances dans la prise en charge de certains pensionnaires. Certains parlent même d’emprise ou de manipulation mentale, digne d’une secte.

Romain Ceccarini, ancien bénévole puis salarié de la délégation Île de France du Refuge ne fait pas partie des témoins de cette enquête, mais en la lisant, il a reconnu tout ce qu’il a lui-même vécu. Il a accepté de témoigner sur France Bleu Hérault ce jeudi matin. (...)

Oui, effectivement, j’ai été bénévole pendant quelques mois et ensuite j’ai pris la coordination et la délégation de la région Île-de-France. Et c’est effectivement à ce moment là que j’ai observé des dysfonctionnements, j’ai été alerté par quelques salariés sur les comportements du président et du directeur, sur leur façon de manager.

Moi, je n’en revenais pas. Je me disais, mais qu’est ce qu’ils me disent ? Ce n’est pas possible. Je n’ai pas vécu ça en tant qu’en tant que bénévole. Et puis j’ai fini par comprendre.

"Tout se faisait à l’envers, sans aucune procédure."

Qu’est-ce que vous avez observé ?

Ce que j’ai observé, c’est la pression. Ce sont les nombreuses missions qui m’ont été confiées avec le manque de procédures. Pour moi, rien n’a été sécurisé. On n’était pas du tout en mode projet. On m’a alerté par SMS qu’une subvention venait de tomber. Il fallait vite, vite trouver le projet qui allait coller avec. Tout se faisait à l’envers. Et puis surtout, on est assailli de SMS, notamment du président, à longueur de journée pour tout et n’importe quoi.

"Quand vous recevez des dizaines de mails ou de SMS sur le même sujet, oui, c’est du harcèlement."

Certains parlent de harcèlement sexuel aussi ?

Moi, je ne dénonce pas le harcèlement sexuel parce que je ne l’ai pas vécu et je n’en ai pas été témoin. Le harcèlement moral, oui. Le management par la terreur. Et c’est seulement aujourd’hui que moi-même, j’arrive à mettre des mots là-dessus, sur ce que j’ai vécu car j’ai mis longtemps avant de le réaliser. Je pense que je ne me suis pas le seul dans cette situation. (...)

beaucoup de jeunes sont pris en charge. Beaucoup de jeunes sont accompagnés. C’est le cas depuis de nombreuses années. Il y a beaucoup de jeunes qui sont sauvés. Il ne faut pas l’oublier. Il faut absolument renforcer ça et protéger ce système-là.

Sauf que quand vous avez une équipe de travailleurs sociaux, qui sont harcelés de mails et de SMS, qui travaillent dans la peur de mal faire leur travail ou de se prendre une réflexion du président ou du directeur. Ces gens-là, qui viennent avec la boule au ventre, au travail tous les jours, ne peuvent pas assumer et assurer leur fonction correctement. (...)

Ces pratiques n’ont jamais été dénoncées. Il faut un changement radical. Il faut que l’État puisse enquêter sérieusement, très sérieusement. On ne peut pas s’arrêter à un audit interne. Ce n’est pas possible. Si les choses ne changent pas, effectivement. Moi, je pense que nous serons nombreux à vouloir saisir la justice.
La Fondation est donc en danger si elle ne tourne pas la page aujourd’hui ?

Exactement. Il faut protéger cette fondation. Il faut protéger tout ce système parce que de nombreux jeunes sont sauvés tous les jours, je l’ai vécu, j’en suis témoin. Il faut continuer cette action.

Il faut absolument que les gens continuent à faire des dons. Il faut renforcer tous les process, toutes les procédures. Il faut recruter des travailleurs sociaux pour que les jeunes soient accueillis dans de bonnes conditions et soient accompagnés correctement.