La grève a été votée dans les 19 centrales du pays, selon la CGT mercredi soir, pour des raisons autant internes que liées à la loi travail. Aucune coupure d’électricité n’est à craindre, car le parc nucléaire est largement en excédent. Mais le manque à gagner pour EDF pourrait s’élever à un million d’euros par jour et par réacteur.
Après le rail, les ports et les raffineries, le nucléaire entre dans la partie. Ce jeudi 26 mai, les centrales ont rejoint le mouvement de blocage général qui touche la France. Sur les 19 sites français, tous sont concernés, selon la CGT. Depuis mercredi soir 21 h, les centrales peuvent donc connaître des baisses de charge (c’est-à-dire une diminution de leur puissance), voire l’arrêt de leurs réacteurs.
C’est le cas notamment à Nogent-sur-Seine (Aube), qui a lancé le mouvement dès mardi, avec la grève votée par les salariés. Sur ses deux tranches de 1.300 MW, l’une est d’ores et déjà à l’arrêt en raison d’un problème technique. L’autre devrait connaître une « baisse de charge, avec l’idée de l’arrêter totalement », selon Arnaud Pacot, secrétaire général CGT-Énergie dans l’Aube.
Mercredi, sous l’égide de ce même syndicat, des assemblées générales se sont tenues sur tous les sites nucléaires. Et le mouvement s’est largement renforcé puisque tous ont voté le blocage. (...)
« C’est un conflit à la fois interne et externe. Cela fait plusieurs mois qu’à l’intérieur d’EDF, nous organisons des actions contre la réorganisation du groupe. Hinkley Point, les incertitudes sur l’avenir économique de nos activités, etc. C’est cette somme d’inquiétudes, à laquelle s’ajoute la conjoncture de la loi travail, qui a poussé les salariés à user de leur droit d’intervention sur leur outil de travail », dit à Reporterre Laurent Langlard, porte-parole de la fédération CGT Mines-Énergie (FNME). (...)
« La France est en situation de surcapacité chronique en matière de nucléaire, donc il y a de la marge avant un black-out électrique », relativise Guillaume Blavette, du collectif Stop EPR, ni Penly ni ailleurs. À l’heure où nous écrivions ces lignes, la production nucléaire ne représentait ainsi guère plus de 40 GW, sur une capacité totale installée de 63 GW (voir le suivi sur la journée du mercredi 25 mai sur le site de RTE (Réseau de transport d’électricité)). « Les barrages et les capacités hydroélectriques sont là pour suppléer, sans compter que des importations sont toujours possibles. Le risque en matière d’approvisionnement est donc assez faible », explique Guillaume Blavette. (...)
« L’appel est reconductible, ce sont les salariés qui en décident en AG »
Si le risque de coupure d’électricité est donc quasiment nul, la coupe dans les recettes de l’exploitant pourrait, elle, être beaucoup plus significative : 1 million d’euro par jour par réacteur, voilà le manque à gagner selon les propres chiffres d’EDF. Le mouvement peut-il durer ? « L’appel est reconductible, ce sont les salariés qui en décident en AG », renvoie Laurent Langlard, qui rappelle également la soumission des agents du nucléaire à la réquisition préfectorale, en derniers recours.
Les autres mouvements de blocage pourraient influencer la suite des événements. « Un réacteurs sans gasoil, c’est un peu comme une voiture sans frein, rappelle utilement Guillaume Blavette. Or, si les diesels de secours finissaient par n’être plus alimentés, une perte d’électricité deviendrait catastrophique… »
Autre enjeu oublié, les sous-traitants du nucléaire (...)