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Greek Crisis
La vie est ailleurs
Article mis en ligne le 24 juillet 2015

Cette autre nuit blanche des députés n’a guère passionné les Grecs. Pas de deuxième veillée... funèbre devant les téléviseurs pour ce deuxième volet du mémorandum III, validé par le “Parlement” dans la nuit du mercredi 22 au jeudi 23 juillet. Or, 32 députés SYRIZA ont voté contre et cinq se sont abstenus. Donc... statu quo ante bellum, attentisme. L’actualité s’attache à la volte-face de Yanis Varoufákis, il a voté “oui” cette fois-ci, l’histoire n’en retiendra rien. Huile... à effet pailleté !

Dans un bistrot de la ville de Trikala (Thessalie), mes amis de longue date, ne retiennent quant à eux, que l’essentiel, accablant et insultant. “Le texte discuté au Parlement contient 900 pages que personne ne lira. Il sera adopté en deux parties, en deux articles seulement. Honte et encore honte. Une parodie de plus et de trop.”

Une évidence du totalitarisme actuel suffisamment parodique, sauf qu’elle échappe complètement aux contingences d’une certaine aventure journalistique, plus mainstream que jamais. “Le Parlement grec valide le second train de mesures réclamé par les créanciers”, rapporte la “Pravda” parisienne de l’ordo-libéralisme et du social-libéralisme réunis. (...)

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, le projet européiste est à la fois antisocial (inscrivant dans le... marbre des Traités la domination des classes possédantes issues du fameux 1%), ouvertement néocolonialiste, et pour ne rien dissimuler sous les habituelles pommades à penser, ce projet à moitié déjà réalisé, évolue autant en dessein nationaliste et raciste... à géométrie variable, suivant le degré de la servitude et ainsi, de la taxinomie sans cesse plus dévorante des peuples soumis, jusuq’à les soumettre enfin tous. Les Grecs cependant le savent, et quoi qu’il arrive, ils ne l’oublieront plus jamais.

Les mois du mémorandum III seront donc abjectes, ses années demeureront imprévisibles. SYRIZA Tsipriote... fait certes à la Troïka le don de sa personne pour atténuer le malheur des Grecs, tel est en tout cas le sens de sa dernière romance hurlée Urbi et Orbi, ce qui ne laisse pas tout à fait indifférente notre si grande opinion (meurtrie après le référendum). (...)

La démolition, nous en sommes. “Les contrôles des capitaux, la nouvelle TVA, l’asphyxie économique, finiront par conduire toutes les moyennes et petites entreprises à la faillite avant l’hiver prochain. Mes clients me le disent, d’ailleurs, je suis très bien placé pour m’en apercevoir”, s’alarme Manólis, expert-comptable exerçant en Thessalie occidentale. À Trikala comme à Athènes et comme un peu partout en Grèce en ce moment, les bennes à ordure sont assimilées à des urnes. Démocratie... triomphante, amertume dangereuse. (...)

Il y a de la tension certes, cependant sans aucune animosité. On dirait que certaines altérités politiques s’aplanissent sous le poids du sort commun. Pour le meilleur... ou pour le pire. Et au demeurant, je crois constater que le sens très commun des mortels ne comprend pas l’attitude des... Résistants internes à SYRIZA, ceux de Panagiótis Lafazánis et de la Plateforme de Gauche. “Pourquoi y restent-ils ?” s’interroge-t-on dans les cafés du coin et de chaque coin. (...)

Sur le site internet de l’Association des enseignants-retraités, un adhérant a publié cette semaine le message suivant : “Monsieur le Président de l’Association. Je suis un instituteur à la retraite. Je eu le malheur d’hériter récemment de mes parents une maison construite avant la guerre, un petit vignoble, et 1,3 hectare de terres agricoles non irriguées, dans un village de montagne de Ioannina (Région d’Épire). En vertu de la nouvelle taxe, mes revenus dits présumés objectifs qui en découlent d’après les règles du fisc, à partir de la procession d’un tel patrimoine, dépassent largement mes revenus réels, je deviens de ce fait assujetti à la contribution de solidarité, et je dois payer un impôt supplémentaire pour mon petit vignoble que je cultive pour mon strict usage personnel. Étant donné que la pension de ma retraite diminue constamment, et en conséquence, je suis imposable pour des revenus que je n’ai pas, je voudrais s’il vous plaît, que vous m’aidiez dans mes démarches, car j’envisage de faire le don de mon patrimoine à l’État turc et de conserver l’usufruit jusqu’à ma mort, pour ainsi échapper à l’impôt injuste. Je ne vois pas d’autre solution. Merci beaucoup. N.P., enseignant à la retraite, Ioannina”. (...)

Ailleurs, à Thessalonique plus précisément, la plus grande organisation des supporteurs de l’équipe d’Iraklis (Hercule), annonce la mise en place de sa propre monnaie. Son argumentaire est d’abord politique. (...)

“Après un long moment, où nous avons essayé de repérer les moyens pour nous entraider les uns les autres face aux problèmes économiques que nous rencontrons beaucoup d’entre nous, et faisant suite à de nombreuses idées et débats, nous prenons comme par exemple, celui du peuple d’Argentine. Confronté à ses propres problèmes en 2001, il avait décidé de créer ses propres monnaies, en suivant les principes de l’économie de l’échange. Nous faisons la même chose. Nous quittons ainsi la zone euro, parce que vous nous fatiguez et vous affamez !!! Nous émettons notre propre monnaie, nommée ‘IRA’ !!!” (...)

En dépit des efforts de la kleptocratie grecque et européiste, l’euro, son euro, est désormais perçu par la population à sa... propre valeur : une arme de destruction massive, une escroquerie, une monnaie d’occupation étrangère. Le capital symbolique de cette monnaie clanique est épuisé, il ne reste qu’à mettre en œuvre sa déchéance finale, au prochain temps... historique.

De son côté, l’économiste et député SYRIZA (Plateforme de Gauche) Costas Lapavítsas, lequel a confirmé évidemment son refus au mémoranda lors du vote nocturne (du mercredi 22 au jeudi 23 juillet), s’est exprimé récemment en anglais devant un auditoire international. C’est en somme, le point de vue de cette fraction (pour l’instant) de SYRIZA, et qui ne veut pas se laisser emporter par le vent mauvais.

Pour Lapavítsas, le fonctionnement de classe de l’euro, autrement-dit, sa mécanique en faveur des possédants, à l’intérieur de chaque pays qui s’y soumet, comme entre pays économiquement inégaux, ne fait guère de doute. (...)

Loin de Naxos et pas si près d’Athènes, la Thessalie en crise observe et agit aussi comme elle le peut. L’hôpital de la ville de Trikala (et de son ancien département supprimé depuis le premier mémorandum comme tous les autres départements, suite à la reforme dite “territoriale”) n’est que le fantôme de son passé. De très nombreux services ont disparu, pédiatrie, ophtalmologie, gynécologie, entre autres. Médecins qui démissionnent, praticiens qui émigrent, six mille médecins grecs sont installés en Allemagne depuis l’âge de l’euro-pierre aggravé en 2010.

Eh bien, cette autre nuit blanche des députés n’a pas passionné les Grecs. La vie est ailleurs, et pas que pour Jaromil, héros de Kundera.