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Marie-Claude Saliceti
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"Ça part un peu en flop" : le Conseil national de la refondation sème le doute parmi les soutiens d’Emmanuel Macron
Article mis en ligne le 8 septembre 2022

Le CNR, annoncé par le chef de l’Etat lors de la campagne des législatives, est lancé jeudi dans l’Essonne. Mais plusieurs chaises seront vides, interrogeant sur la potentielle réussite de l’exercice.

Ce doit être l’incarnation de "la nouvelle méthode", promise par Emmanuel Macron. Jeudi 8 septembre, le président de la République lance à Marcoussis (Essonne) le Conseil national de la refondation (CNR) qui doit faire "travailler ensemble" gouvernement, Parlement et administration, partenaires sociaux et associations, représentants des territoires et citoyens sur des sujets aussi variés que l’école, la santé, les services publics ou le pouvoir d’achat. Mais avant même son lancement, le projet, censé marquer le second quinquennat du chef de l’Etat, a du plomb dans l’aile. Les oppositions politiques et certains syndicats refusent d’y participer, dénonçant "un bidule", "un outil de communication" qui "montre que le président veut contourner les instances démocratiques".

Les refus, qui se sont enchaînés ces derniers jours, laissent un goût amer au sein de la majorité. Officiellement, les soutiens d’Emmanuel Macron déplorent que, "pour des raisons de politiques politiciennes, ils [les opposants] se retirent", dixit une cadre de Renaissance, tandis que d’autres pointent une stratégie "irresponsable". (...)

Pourtant, en coulisses, certains esprits commencent à s’inquiéter de la tournure des événements.
"La cerise sur le gâteau d’une rentrée trop chargée"

"Je ne vais pas vous bullshiter [baratiner], c’est mal parti, lâche un parlementaire influent de la majorité. Personne n’avait anticipé ça." Le "ça" en question ? La défiance suscitée par le CNR auprès des partis politiques – avec notamment la non-participation de Gérard Larcher, président du Sénat –, des syndicats, mais aussi des associations d’élus. Ces dernières participeront finalement à la réunion de jeudi après une longue rencontre lundi soir avec Emmanuel Macron, qui a tout fait pour les convaincre de venir.

"La démarche est intéressante et porteuse de sens, d’autant plus si les parties prenantes sont larges et représentantes", confie le député Horizons Frédéric Valletoux. "Moins il y a de participants autour de la table, plus ça fragilise la légitimité de la démarche", reconnaît-il. "Ce ne sont pas des conditions idéales pour commencer", abonde une autre parlementaire de la majorité. D’autres sont encore plus cinglants. "Le CNR, c’est un peu la cerise sur le gâteau d’une rentrée déjà trop chargée", soupire un macroniste.

"Ca part un peu en flop de la rentrée ce truc. Je ne sais pas trop comment on peut penser que les oppositions vont jouer le jeu."
Un soutien d’Emmanuel Macron à franceinfo
(...)

Parmi les refus des invités, une absence sera particulièrement remarquée : celle de l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, en visite au Canada. Le leader d’Horizons sera remplacé par la maire d’Albi, Stéphanie Guiraud-Chaumeil. "Il n’a pas inventé un déplacement au Canada pour échapper au CNR, c’était prévu depuis longtemps", défend Frédéric Valletoux. Mais officieusement, "Edouard Philippe ne croit absolument pas au CNR", reconnaît un autre de ses proches auprès de franceinfo.

Aux refus de certains invités, s’ajoute le manque d’informations (...)

C’est François Bayrou, le président du MoDem et partenaire incontournable du président de la République, qui sera le secrétaire général. Une désignation qui laisse plus d’un sceptique au sein de la majorité. "Et en bonus, c’est Bayrou qui pilote !", ironise un macroniste. "Je ne suis pas certaine du choix du secrétaire général, je n’aurais pas pris un politique", glisse une cadre de Renaissance. (...)

L’expérience de la Convention citoyenne sur le climat reste dans les mémoires. La reprise très partielle des propositions formulées par les participants, loin des promesses de départ, avait généré déception et colère. "Il faut être clair sur les modalités et tirer les enseignements de la Convention citoyenne sur le climat", glisse un conseiller ministériel. Et éviter aussi l’écueil du grand débat national né de la crise des "gilets jaunes", qui avait lui aussi accouché de milliers de propositions tombées aux oubliettes. (...)