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« Le gouvernement campe fermement sur une ligne anticlimat »
Article mis en ligne le 25 juillet 2020
dernière modification le 24 juillet 2020

Un troisième plan de soutien à l’économie française a été adopté le 21 juillet par les parlementaires. Des centaines de milliards d’euros vont être injectés, modelant le « monde d’après ». Pour Clément Sénéchal de Greenpeace, « celui-ci ressemble au monde d’avant… en pire. Les plans de soutien préparent un rebond des émissions de gaz à effet de serre ».

Les plans de soutien à l’économie préparent un rebond des émissions de gaz à effet de serre. Cette session parlementaire a clairement posé la question du principe de réalité qui nous gouverne : qui doit nous guider ? la reprise en main de notre destin collectif ou les caprices des marchés ?

Le débat s’est notamment cristallisé à travers l’enjeu des conditionnalités attachées aux aides publiques. L’occasion était unique : en posant des conditions écologiques et sociales au versement d’argent public, on pouvait enfin repositionner nos industries sur des logiques durables. De surcroît, la puissance publique se trouvait dans une position de force inédite par rapport au secteur privé. Il fallait y aller et combler une lacune essentielle dans l’action climatique, car il n’existe pas en France de législation contraignante pour contraindre les entreprises à réduire leurs émissions.

Dès les deux premiers plans, plutôt de conditionner les aides à des objectifs climatiques contraignants, la majorité a proposé un amendement factice, en renvoyant aux dispositions RSE [responsabilité sociale et environnementale], qui existent déjà dans les textes. (...)

En bref, Barbara Pompili a renié les positions écologiques qu’elle portait auparavant. Pour entrer dans ce gouvernement, il faut sans doute laisser ses convictions à la porte.

Ce qui est grave, c’est qu’on a manqué une occasion de vérifier que l’argent public ne serve pas à un rebond dramatique des émissions de gaz à effet de serre. On a raté l’occasion d’opérer une bascule vers le monde d’après, et de soumettre notre appareil productif à l’Accord de Paris sur le climat. (...)

En parallèle, la Convention climat a rendu ses conclusions. Les ONG ont porté plusieurs des mesures préconisées à travers des amendements à ce PLFR3. Tous ont été rejetés. Quelles sont les mesures laissées de côté les plus importantes ?

Ce qu’a révélé cette séquence, c’est le gouffre inouï entre le discours présidentiel et le fait parlementaire. Tout ce qui a été approuvé par le président, en parole, a été rejeté par le gouvernement et sa majorité au moment des votes parlementaires. (...)

Si la préservation des emplois était vraiment la priorité, on aurait mis des conditionnalités sociales aux aides versées : par exemple, en exigeant qu’il n’y ait pas de licenciements dans les entreprises soutenues. Mais tous les amendements en ce sens ont été rejetés. Résultat : Renault touche des aides publiques… et délocalise à l’étranger.

Rappelons aussi que la transition énergétique est pourvoyeuse d’emplois (...)

Le chômage n’est pas une fatalité, mais on est coincé dans un modèle économique qui produit du chômage et qui compte là-dessus pour défaire les revendications des travailleurs. On peut agir : la gauche démocrate étasunienne porte un projet d’emplois garantis par l’État ; l’Espagne est parvenue à fermer ses centrales à charbon en limitant la casse sociale.

Comment analysez-vous l’attitude de la majorité En marche ?

La majorité En marche est secouée, divisée, heurtée par les contradictions permanentes du gouvernement, qu’elle doit absorber. Malgré tout, la plupart des députés macronistes continuent de se ranger derrière le gouvernement et de faire preuve de mauvaise foi. Au sortir de cette séquence politique, il n’y a plus de doute : M. Macron n’a pas d’ambition écologique. (...)

La Convention citoyenne pour le climat a bien montré l’approche tacticienne et politicienne que le président développe vis-à-vis des questions climatiques : ça lui a permis d’occuper le terrain, tout en mettant à distance les militants, experts et ONG environnementales… sans rien avoir à faire de plus. (...)

La question climatique est structurée par les inégalités. Il faut réorganiser une fiscalité progressive avec un contenu climatique fort.