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Législatives 2022 : face aux ennuis judiciaires de leurs candidats, des partis dans l’embarras ou l’indifférence
Article mis en ligne le 14 mai 2022

Alors que les mouvements politiques bouclent les dernières investitures pour les législatives, les démêlés avec la justice de certains prétendants à l’hémicycle ressortent des tiroirs. Mais la ligne rouge à ne pas franchir diverge selon les formations.

A chaque élection, la question revient : peut-on être candidat malgré des ennuis judiciaires ? Les législatives ne dérogent pas à la règle. Dernière illustration en date, le cas de Taha Bouhafs, investi par La France insoumise à Venissieux (Rhône) avant d’être finalement évincé. Ce journaliste controversé a été condamné à l’automne 2021 à 1 500 euros d’amende pour "injure publique à raison de l’origine" pour avoir qualifié la syndicaliste policière Linda Kebbab d’"Arabe de service". Pour autant, ce n’est pas cette condamnation, dont il a fait appel, qui lui a coûté son investiture, mais une affaire qui n’est pour le moment pas judiciarisée : "Un témoignage relatant des faits supposés de violences sexuelles", dont les instances de LFI ont été saisies.

Sur le plan du droit, la règle est claire : si un candidat n’a pas été condamné à une peine d’inéligibilité, rien de l’empêche de se présenter. Pour M’jid El Guerrab, qui voulait se représenter dans la 9e circonscription des Français de l’étranger, la décision est tombée jeudi 12 mai. Condamné à deux ans d’inéligibilité – en sus de trois ans de prison, dont un ferme – pour l’agression à coups de casque de l’ancien responsable socialiste Boris Faure en 2017, il ne peut pas être candidat.

Emmanuel Macron voulait aller plus loin que la législation actuelle. En 2017, il avait promis de conditionner les candidatures à une élection à la présentation d’un casier judiciaire B2 vierge. Il s’agit d’une version expurgée de certaines condamnations (prononcées pendant la minorité, assorties d’une dispense de peine ou avec sursis…). Mais au nom d’un risque d’inconstitutionnalité, la mesure a été retoquée dans le cadre de l’examen de la loi pour la confiance dans la vie politique, qui prévoit finalement une peine d’inéligibilité automatique pour les crimes et certains délits. Insuffisant pour Anticor, l’association agréée de lutte contre la corruption.

"Ça laisse la porte ouverte à certains candidats définitivement condamnés pour se présenter. C’est un trou dans la raquette qui mériterait d’être revu."
Béatrice Guillemont, directrice générale d’Anticor, à franceinfo (...)

Des règles à géométrie variable du côté de la majorité (...)

Certains candidats font l’objet d’une plainte ou d’une enquête, au pénal ou au civil. C’est notamment le cas de l’actuel ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, candidat dans le Nord et visé par des accusations de viol. Le parquet de Paris a néanmoins requis un non-lieu dans cette affaire mais la juge d’instruction doit encore se prononcer. Moins connu, Yves Blein, candidat réinvesti dans le Rhône, est, lui, visé par une plainte pour harcèlement sexuel. Une enquête a été ouverte.

D’autres sont inquiétés pour des faits de harcèlement moral, comme Laetitia Avia, réinvestie à Paris et sous le coup d’une enquête après des plaintes d’ex-collaborateurs évoquant des humiliations répétées, ou Syra Silla, réinvestie en Seine-Maritime, et jugée mardi aux prud’hommes. Elle avait déjà été condamnée en janvier 2021 pour des faits similaires et a fait appel. Sa reconduction, "c’est une connerie", juge un cadre de la majorité. "La parité ne peut pas tout justifier", appuie un député. De manière générale, ces investitures font grincer des dents en interne. (...)

Les mises en examen de figures de la majorité, qui bénéficient de la présomption d’innocence, ne constituent pas non plus un obstacle pour se présenter à la députation. Thierry Solère, candidat à sa réélection dans les Hauts-de-Seine, est poursuivi pour treize chefs d’accusation, dont "fraude fiscale", "emploi fictif" et "financement illicite de dépenses électorales". Eric Woerth, investi dans la quatrième circonscription de l’Oise, où il est le député sortant, est lui mis en examen par la Cour de justice de la République pour un coup de pouce fiscal contesté accordé en 2009 à Bernard Tapie. Mais le ministère public vient de requérir un non-lieu, un bon timing pour l’ex-ministre LR du Budget.

Le cas épineux de Jérôme Peyrat

Rares sont ceux qui défendent ces candidatures. "Chacun a mérité son investiture, les électeurs feront le choix, c’est la beauté de la démocratie, estime une députée. Personne n’a été condamné, il faut raison garder dans toute cette agitation." Ce qui n’est pas vrai. Jérôme Peyrat, ex-conseiller de l’Elysée, a été reconduit en Dordogne malgré sa condamnation en 2020 à 3 000 euros d’amende avec sursis pour des violences conjugales sur son ex-compagne. Une condamnation qui ne figure pas sur son casier judiciaire, précise son avocate. La victime fait l’objet d’une procédure distincte pour outrage et appels malveillants à l’encontre de son ex-compagnon.

La pilule passe très mal pour les soutiens de la députée LREM sortante Jacqueline Dubois, évincée. (...)

"On a été les premiers à dire ’casier judiciaire vierge’. Certes, il ne faut pas une société de la pureté. Toutefois, il y a des investitures qui me mettent mal à l’aise."
Une députée de la majorité, à franceinfo (...)

La Nupes tente de définir sa ligne rouge

A gauche, on tente de tracer une ligne rouge entre les mises en cause tolérables et celles qui ne le sont pas. Selon nos informations, les leaders de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) sont en train d’élaborer une charte à ce sujet. (...)

Silence et minimisation à droite et à l’extrême droite

Du côté des Républicains, occupés à leur reconstruction après une élection présidentielle désastreuse, on n’a pas sourcillé sur la reconduction de Jacques Cattin dans la 2e circonscription du Haut-Rhin, malgré sa mise en examen pour des violences à l’encontre d’un conseiller régional du RN. Sollicité par franceinfo, le parti n’a pas donné suite à nos questions sur le sujet.

A l’extrême droite, le vice-président exécutif de Reconquête ! a pris la défense des candidats controversés du mouvement sur franceinfo, vendredi matin. (...)

Il faut dire que le patron de Reconquête !, Eric Zemmour, accumule lui-même une dizaine de dossiers judiciaires contre lui, dont certains se sont soldés par des condamnations définitives, notamment pour "provocation à la haine raciale". L’ex-polémiste a mis fin au suspense en annonçant, jeudi, sa candidature dans la 4e circonscription du Var.

Au Rassemblement national, c’est silence radio sur le sujet, malgré les nombreuses sollications de franceinfo. Peut-être parce que la présidente du parti, Marine Le Pen, fait elle aussi l’objet de plusieurs procédures judiciaires en cours, dont une mise en examen pour "détournement de fonds publics" et "complicité" dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs d’assistants parlementaires européens. La finaliste de la présidentielle se représente dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. "Certains partis se désintéressent de cette contrainte éthique, relève Anticor. Mais c’est aussi aux électeurs d’avoir un œil attentif sur ces candidatures."

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