Les Spartiates, formation d’extrême droite, ont terminé dimanche en cinquième position des législatives, remportant douze sièges au Parlement grec. Retour sur le succès de ce parti héritier d’Aube dorée avec le journaliste grec Dimitris Psarras, spécialiste des extrêmes droites en Grèce.
Le premier ministre grec sortant, le conservateur Kyriákos Mitsotákis, a survolé les législatives organisées dimanche 25 juin en Grèce, décrochant une majorité absolue au Parlement (158 sièges sur 300 pour Nouvelle Démocratie).
Mais le scrutin a aussi été marqué par une surprise : le score d’une formation d’extrême droite jusqu’alors confidentielle, les Spartiates, qui ne s’était même pas présentée aux premières législatives organisées cette année, en mai dernier.
Avec 4,6 % des suffrages (241 000 voix, 12 sièges), les Spartiates, emmenés par Vasilis Stigkas, sont devenus le cinquième parti de la vie politique grecque. Damant le pion à d’autres formations à l’extrême droite, dont Solution grecque (pro-russes, 4,4 %) et Niki (qui signifie « victoire » en grec, 3,7 %).
Afin de comprendre les recompositions de ces extrêmes droites, Mediapart s’est entretenu avec Dimitris Psarras, essayiste né en 1953, auteur d’une enquête de référence sur Aube dorée (traduite en français en 2014 aux éditions Syllepse) et qui avait témoigné lors du procès de cette organisation finalement condamnée en 2020. Pour cet analyste, le succès des Spartiates marque le retour d’Aube dorée sous de nouveaux atours. (...)
Dimitris Psarras : Il peut paraître surprenant qu’un parti créé il y a seulement quelques jours parvienne à entrer au Parlement en franchissant la barre des 3 %. Mais on sait que, depuis 2012, un pourcentage important d’électeurs (7 %) est prêt à soutenir un parti extrémiste et violent. Même lors des élections législatives de 2015, lorsque la direction d’Aube dorée était en prison, cette organisation criminelle nazie avait réussi à obtenir 6,2 % des suffrages. (...)
L’organisation Spartiates est une vitrine de l’organisation Hellènes [interdite de participer aux législatives de juin sur décision de la Cour suprême – ndlr], créée par Ilías Kasidiáris lorsque Aube dorée a été scindée en trois. Kasidiáris, condamné à treize ans de prison en 2020 en tant que dirigeant d’une organisation criminelle [Aube dorée], a réussi à contourner la nouvelle législation du gouvernement Mitsotákis.
Mais au moins neuf candidats élus au Parlement sous la bannière des Spartiates ont été membres des Hellènes, donc étroitement liés à Kasidiáris. Certains d’entre eux étaient également membres d’Aube dorée. (...)
La droite et l’extrême droite ont été massivement renforcées, dans une mesure sans précédent dans l’histoire récente. L’affaire Kasidiáris est l’aspect le plus saillant de cette dérive globalement antidémocratique dans notre pays. (...)
Ni les Spartiates ni Niki ne reposent sur un programme politique. Aucun de leurs électeurs ne lit les programmes politiques. Mais il existe une nette différence entre eux. Les Spartiates suivent une politique néonazie sous de nouveaux atours, tandis que Niki apparaît comme défenseur de la patrie, de la religion et de la famille, davantage populaire dans les cercles religieux. Bien sûr, il existe des similitudes importantes sur des questions telles que l’immigration, le nationalisme, les droits des femmes et les droits LGBTQI+. (...)
On sait que ses partisans sont majoritairement des hommes. Et que ce parti trouve aussi malheureusement beaucoup de soutien chez les jeunes. Ses scores les plus importants se situent dans les provinces où l’extrême droite a toujours été forte (...)
Malheureusement, nous commençons à ressembler à l’Europe dans ce qu’elle a de pire ! Quant au cordon sanitaire, il n’a malheureusement jamais existé en Grèce. Même pendant la période où Aube dorée était ouvertement violente, le système politique a fermé les yeux. (...)