Pourquoi et comment les mouvements anti-genre ont-ils autant d’influence ? Alliances internationales, formation des leaders, fonds illimités, communication bien pensée… Une professionnalisation qui paye. Face à eux, les mouvements progressistes tentent de s’organiser, en “réactivant leurs alliances anciennes”.
Comment lutter contre les mouvements réactionnaires “anti-genre”, si influents aujourd’hui ? À quelques jours – le 16 octobre – d’une nouvelle manifestation organisée par La Manif Pour Tous (LMPT) à Paris, le Planning Familial s’est emparé du sujet. Le but : savoir « qui sont vraiment les anti-genre », pour pouvoir mieux les contrer, explique aux Nouvelles NEWS Véronique Séhier co-présidente du Planning Familal.
Autour de la table, lundi 10 octobre, des spécialistes du sujet – David Paternotte, sociologue à l’Université Libre de Bruxelles, Julie Pernet de la Fédération Humaniste Européenne ou encore Neil Datta, secrétaire général du Forum parlementaire européen sur la population et le développement – tentent de décortiquer les nouvelles stratégies des “anti-genre”, ces mouvement qui s’élevent pêle-mêle contre l’éducation à l’égalité entre les filles et les garçons, les droits des LGBTI ou le droit à l’avortement. Constat majeur : la stratégie de ces groupes est désormais de s’allier à l’échelle internationale. (...)
Imposer leurs sujets de prédilection dans le débat politique
Leur force : coller à l’agenda politique. Neil Datta observe depuis quelques années une montée des anti-choix, des anti-droits humains, au Parlement Européen. Il en est persuadé : la manifestation de LMPT 16 octobre « ne sera que le début », « plusieurs manifestations auront lieu jusqu’à l’échéance des élections présidentielles ». Au-delà des manifestations, comment ces mouvements font-ils pression sur les politiques ? Plusieurs méthodes, « toujours les mêmes », constate Neil Datta. D’abord, « un manifeste avec des réclamations, une demande d’engagement de la part des candidats avec une lettre type ‘Moi, en tant que candidat je m’engage à…’ et une liste précise des revendications. Enfin, une analyse du programme de chaque candidat ». Résultat : les anti-genre imposent leurs sujets dans le débat politique.
Ils s’appuient sur la frilosité de certains, notamment chez Les Républicains, note Julie Pernet qui constate parfois « un double discours ». Car si, au niveau national, la défense des droits reproductifs et sexuels paraît être soutenue par le parti, au niveau européen leur positionnement est beaucoup moins clair (Voir : Revers pour les droits des femmes au Parlement européen).
Professionnalisation des mouvements et formations des leaders (...)
Italie, Espagne, Colombie, Croatie… les leaders nationaux apprennent ces nouveaux codes, malgré une « compétition entre eux », note David Paternotte. « Il y a quelques différences idéologiques » mais tous ont réussi, pour l’instant, à passer outre pour accroître leur influence.
Des financements des USA à la Russie
Bref, la stratégie, bien que complexe, est claire : ne pas lutter frontalement, à découvert, contre les droits humains, mais « multiplier les freins », par petites touches. Se présenter comme le « discours du bon sens », contre les discours compliqués des expert.e.s du genre. Réveiller les peuples, comme l’indique le choix du nom du « Printemps Français ». Mais comment et par qui ces mouvements sont-ils financés ? « C’est très compliqué de savoir », disent les spécialistes mais « la Fondation Lejeune est une des bailleurs de fonds », avance David Paternotte.
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Les mouvements progressistes se veulent proactifs
Face à ces nouvelles stratégies, les « mouvements progressistes réactivent leurs alliances anciennes pour continuer à faire progresser les droits humains, et singulièrement les droits sexuels et l’égalité femmes-hommes », note le Planning Familial. Mais les moyens financiers ne sont pas les mêmes. Veronica Nosera, coordinatrice nationale du Planning Familal, constate un « travail de sape systématique et hyper-efficace des anti-choix ». Un pas en avant, deux pas en arrière.
« Il faut déconstruire tout cela », renchérit la co-présidente, Véronique Séhier. « Nous allons démarrer un travail d’alliances, il faut dépasser les points de divergence et passer d’une stratégie défensive à proactive ». Cela passe notamment par des campagnes de communication plus “sexy” selon les mots de Veronica Nosera. La campagne “Ceci n’est pas un cintre” pour le droit à l’IVG, qui a rencontré un fort écho sur la toile ces dernières semaines, peut en être un exemple.