
Le Monde publiait ce jeudi 11 juin un article au sujet du rapport ballistique sur la mort de Zineb Redouane. (...)
Selon ce rapport, le tir de grenade qui a touché au visage une Algérienne de 80 ans à la fenêtre de son appartement marseillais, le 1er décembre 2018 lors d’une manifestation de « gilets jaunes », « a atteint la victime de manière totalement accidentelle ».
(...) au moment de la manifestation, un magistrat du parquet était présent aux côtés des forces de l’ordre, créant ainsi une suspicion d’entrave à l’enquête « tout en omettant d’indiquer sa présence au magistrat instructeur », notait l’avocat. Pour la relancer, Yassine Bouzrou avait porté plainte contre l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) « pour faux en écriture publique » car il considérait que « les agents avaient rédigé un faux PV [procès-verbal] au sujet de l’exploitation d’une caméra de surveillance qui aurait été hors service » : « Je n’ai jamais cru que la seule caméra hors service était la mieux placée à quelques mètres du tireur », ripostait-il. (...)
Puis, Me Bouzrou déposait une autre plainte en avril 2019, pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » car « la juridiction de Marseille sembl[ait] protéger le policier dans la mesure où aucun tireur n’[avait] été identifié », assurait-il.(...)
Le fonctionnaire de police, auteur du tir, a été finalement identifié sur les photographies de quatre caméras (..)
Les deux auteurs de l’expertise, un policier inscrit près la Cour de cassation et un maître de conférences des universités en médecine légale, assurent également que la suite du visionnage des quatre caméras de vidéosurveillance « ne permet pas de mettre en évidence un autre tir susceptible d’être à l’origine des blessures sur Mme Redouane ». (...)
« Il n’y a aucun argument permettant de dire que Mme Redouane ait pu être aperçue par le fonctionnaire de police lors du départ du coup de feu »
De plus, « en l’absence d’écran intermédiaire, la grenade aurait eu une portée de 100 mètres. Malheureusement la grenade a percuté le thorax de Mme Redouane, situé à une hauteur de plus de 16 mètres et à une distance rectiligne d’environ 37 mètres. Il ne peut donc bien évidemment [s’agir] d’un tir de type “visée”, affirment les deux auteurs du rapport. De surcroît, compte tenu de la distance de tir, de l’obscurité et des dégagements de gaz lacrymogène dans la rue, il n’y a aucun argument permettant de dire que Mme Redouane ait pu être aperçue par le fonctionnaire de police lors du départ du coup de feu ».
Cette dernière phrase est censée répondre à l’existence « d’une éventuelle visée » de la police. En effet, Zineb Redouane avait dit à sa fille Milfet avoir vu de sa fenêtre deux policiers positionnés près du magasin C & A, en face de son immeuble. Milfet Redouane se demande si l’un d’eux l’aurait visée ? « Ma mère avait une très bonne vue et une excellente mémoire. Elle avait son portable à la main, peut-être a-t-il pensé qu’elle filmait », s’était interrogée Milfet. Etait-ce intentionnel ? Un accident ? « Je veux savoir », avait déclaré la jeune femme au Monde. (...)
En conclusion, le rapport disculpe le CRS à l’origine du tir en affirmant qu’il a « nécessairement effectué un tir en direction de la façade de l’immeuble de la victime », mais que « la grenade de type MP7 lancée par l’arme de type Cougar a atteint la victime de manière totalement accidentelle, au cours de la progression ascensionnelle du projectile ». (...)
L’avocat Yassine Bouzrou a une tout autre lecture des événements. Il estime, pour sa part, qu’« il s’agit d’un tir qui a atteint Mme Redouane dans sa phase montante, c’est donc un tir tendu face à un immeuble d’habitation. Comment peut-il être considéré comme réglementaire ? Comment un expert inscrit près la Cour de cassation peut-il rendre un travail aussi contraire à la réalité ? Nous allons demander sa radiation de la liste des experts ».
« Les CRS avaient même refusé de remettre leur lance-grenades à la justice »
Et d’ajouter : « Nous avions raison de considérer qu’il était impossible dans ce dossier d’obtenir justice à Marseille suite aux propos mensongers de l’ancien procureur, aujourd’hui muté dans un autre tribunal [à Metz], lequel avait osé affirmer qu’il n’y avait aucun lien direct entre le tir de grenade et le décès, ce qu’avait relayé le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner. A l’époque, les CRS avaient même refusé de remettre leur lance-grenades à la justice aux fins d’expertise, ce qui m’avait conduit à porter plainte pour dissimulation de preuves », argue-t-il.
Pour enfin conclure : « Nous espérons que les nouveaux juges lyonnais traiteront ce dossier en toute indépendance et dans le respect de la loi. Tous les mensonges, dissimulations de preuves et les faux en écritures publiques dans ce dossier constituent une association de malfaiteurs en vue d’exonérer le policier qui a tué Zineb Redouane. » (...)
Le visage souriant de Zineb Redouane est devenu un des symboles des violences policières en France. En pleine affaire Adama Traoré – dont s’occupe également Yassine Bouzrou – et dans un contexte mondial de dénonciation des bavures et de manifestations qui se succèdent chaque semaine, ce rapport qui blanchit les forces de l’ordre ne va certainement pas apaiser les esprits.