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le Monde
Mort du chanteur sud-africain Johnny Clegg, le « Zoulou blanc » qui combattait l’apartheid
Article mis en ligne le 17 juillet 2019

Le musicien avait notamment connu le succès avec « Asimbonanga », chanson dédiée à Nelson Mandela, en 1988. Il a succombé à un cancer qu’il combattait depuis plusieurs années.

Il avait 66 ans. « Il a joué un rôle majeur en Afrique du Sud en faisant découvrir aux gens différentes cultures et en les rapprochant, a ajouté le manager dans un communiqué. Il nous a montré ce que cela signifiait d’embrasser d’autres cultures sans perdre son identité. »

Johnny Clegg a puisé dans la culture zoulou son inspiration pour concevoir une musique révolutionnaire, où les rythmes africains endiablés cohabitent avec guitare, clavier électrique et accordéon. Chanteur engagé contre l’apartheid, il avait connu le succès avec son groupe Savuka. En 1988, leur chanson Asimbonanga (« nous ne l’avons pas vu ») avait été dédiée à Nelson Mandela, qui était alors prisonnier et dont les photos étaient interdites. (...)

« Nous devions faire preuve de mille et une astuces pour contourner la myriade de lois qui empêchaient tout rapprochement interracial », racontait-il à l’Agence France-presse en 2017. (...)

Malgré tout, l’intraitable police de l’apartheid a interdit certains de ses concerts et le chanteur a été à plusieurs reprises arrêté, accusé de violer les lois sur la ségrégation raciale. Le gouvernement raciste blanc ne pouvait pas non plus tolérer qu’un des siens puise son inspiration dans l’histoire et la culture zoulou.

A l’étranger pourtant, et notamment en France, Johnny Clegg a rapidement trouvé un public. (...)

Cinq ans plus tard, il s’affirme comme un artiste « politique » avec le titre Asimbonanga (« nous ne l’avons pas vu », en langue zoulou), tube planétaire dédié à Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid alors emprisonné à Robben Island. La seule évocation du chef du Congrès national africain (ANC) est alors strictement interdite. Le régime de Pretoria bannit le titre.

Quelques années après la fin de l’apartheid, l’auteur et le héros de cette chanson, désormais libre, s’étaient retrouvés sur scène à Francfort (Allemagne) pour un concert aussi magique qu’inattendu. Alors que Johnny Clegg chantait Asimbonanga, le public s’était levé comme un seul homme. « J’ai aperçu du coin de l’œil quelqu’un derrière moi qui était en train de monter sur la scène, en dansant (...). C’était Mandela ! Ça a été un choc. Je ne savais même pas qu’il était là », avait raconté Johnny Clegg à l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur. A la fin de la chanson, Mandela avait lancé de sa voix posée, au micro : « C’est la musique et la danse qui me mettent en paix avec le monde. »
La fin de l’apartheid, une deuxième naissance (...)

« La lutte était plus simple autrefois. On vivait ici dans un tunnel, coupés du reste du monde, on se définissait “contre”, menant une bataille qui masquait toutes les autres. »

« Aujourd’hui (...) on est aux prises avec une série d’enjeux et de conflits liés à la pauvreté, à la construction d’une nation, au sida, à la mondialisation. » (...)