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Marie-Claude Saliceti
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Observatoire du décolonialisme : observation d’une dynamique sectaire
ibarberis
Article mis en ligne le 9 décembre 2021
dernière modification le 8 décembre 2021

Cet article ne revient pas en détail sur les raisons de ma démission, en février dernier, de l’Observatoire du décolonialisme. Il s’agit d’une réflexion personnelle sur son effet de groupe et la dynamique de repli et de destruction de la pensée critique qui m’y semble à l’oeuvre.

Commençons par évoquer sans fard mais très brièvement les raisons de mon départ, qui sont de deux ordres : des raisons d’ordre idéologique, d’autres d’ordre méthodologique. En peu de mots, je nomme ici un double phénomène de radicalisation identitaire (flattant le zemmourisme) et de mise en place d’une gouvernance autocratique et plénipotentiaire, qui a trouvé dans le vecteur numérique un principe démultiplicateur. Je ne reviens pas ici sur les faits (très, très nombreux) qui seront évoqués plus tard. Mais évidemment, ces deux tendances se confortent et s’entretiennent.

Ce groupe n’a jamais réussi à trouver de fonctionnement démocratique. Se revendiquant de l’expertise universitaire, il ne respecte pas le moindre des usages de rigueur intellectuelle, encore moins de collégialité : il n’y a aucun statut, aucune règle, et ce qui prévaut explicitement est le fait du Prince, que le directeur qualifie de "publication de droit" pour tous les membres. Autrement dit, n’importe quel membre peut publier n’importe quoi, n’importe quand - en passant cependant sous les fourches caudines de l’unique administrateur. Or, les membres sont ajoutés de manière opaque par la direction (...)

C’est ainsi que le site s’est transformé en défouloir et en dépotoir où, à côte de quelques contributions intéressantes mais rares, se côtoient des beauferies se prenant pour de la parodie voire pire de l’intelligence, des articles complotistes, des amalgames graveleux ciblant de manière assez obsessionnelle les féministes. (...)

Alertant depuis le début sur ce problème de registre et de contrôle des contenus, mes remarques, qui se sont transformées en alertes puis en colères, n’ont suscité qu’une seule réaction des collègues, une réaction "aplatie" et apathique : "ne nous divisons pas" ; "ils n’attendent que cela, que l’on se divise". Je ne sais toujours pas à cette heure qui est ce "ils" (le monde extérieur à l’Observatoire n’est tout de même pas exclusivement constitué d’indigénistes), ni même ce qui est entendu par "division", quand il s’agit de revendiquer un droit de regard minimal sur les publications faites sur un site pour lequel j’ai engagé ma signature professionnelle, et qui publie des contenus médiocres voire crapoteux sous le libellé collectif "Observatoire du décolonialisme", qu’il s’agisse de Facebook, de Twitter, de Youtube, autant de comptes administrés par le directeur autoproclamé de l’Observatoire... qui m’a lui-même avoué : "J’ai tous les codes".

Le lecteur aura reconnu l’argument qui sert ici à neutraliser toute critique : il s’agit de l’appel à l’union sacrée. (...)

Je mets de côté les réactions - immondes - des maurassiens présents dans ce groupe. Minoritaires mais indéboulonnables et très bienvenus. Par exemple le renaudcamusien obsédé sur la liste de diffusion par la "trahison des juifs de gauche’" (???) qui me conseille d’aller me faire faire une piqûre (aucune réaction des collègues, union sacrée oblige).

Pour comprendre cette dynamique de groupe sectarisante, je voudrais ajouter deux clés de compréhension, qui ont trait au profilage socio-professionnel des membres (...)

C’est ainsi que le site s’est transformé en défouloir et en dépotoir où, à côte de quelques contributions intéressantes mais rares, se côtoient des beauferies se prenant pour de la parodie voire pire de l’intelligence, des articles complotistes, des amalgames graveleux ciblant de manière assez obsessionnelle les féministes. (...)

Alertant depuis le début sur ce problème de registre et de contrôle des contenus, mes remarques, qui se sont transformées en alertes puis en colères, n’ont suscité qu’une seule réaction des collègues, une réaction "aplatie" et apathique : "ne nous divisons pas" ; "ils n’attendent que cela, que l’on se divise". Je ne sais toujours pas à cette heure qui est ce "ils" (le monde extérieur à l’Observatoire n’est tout de même pas exclusivement constitué d’indigénistes), ni même ce qui est entendu par "division", quand il s’agit de revendiquer un droit de regard minimal sur les publications faites sur un site pour lequel j’ai engagé ma signature professionnelle, et qui publie des contenus médiocres voire crapoteux sous le libellé collectif "Observatoire du décolonialisme", qu’il s’agisse de Facebook, de Twitter, de Youtube, autant de comptes administrés par le directeur autoproclamé de l’Observatoire... qui m’a lui-même avoué : "J’ai tous les codes".

Le lecteur aura reconnu l’argument qui sert ici à neutraliser toute critique : il s’agit de l’appel à l’union sacrée. (...)

Je mets de côté les réactions - immondes - des maurassiens présents dans ce groupe. Minoritaires mais indéboulonnables et très bienvenus. Par exemple le renaudcamusien obsédé sur la liste de diffusion par la "trahison des juifs de gauche’" (???) qui me conseille d’aller me faire faire une piqûre (aucune réaction des collègues, union sacrée oblige).

Pour comprendre cette dynamique de groupe sectarisante, je voudrais ajouter deux clés de compréhension, qui ont trait au profilage socio-professionnel des membres (...)

A chaque fois que j’ai eu l’occasion de signaler une dérive en ligne, qu’il s’agisse d’une publication malencontreuse voire très douteuse (blagues racistes, relais de fake news de l’alt right, etc), cela n’a provoqué aucune réaction (hormis le "il ne faut pas diviser"), comme si cela ne comptait pas (ce qui est bien entendu une totale méconnaissance des enjeux de la vitrine numérique). Cette déconnexion des membres par rapport au site et aux contenus 2.0 a selon moi contribué à la minimisation des dérives, réitérées et graves, et à alimenter l’argumentaire de l’union sacrée.

Même si je ne considère pas l’Observatoire du décolonialisme comme une secte, je constate cependant de nombreux points de convergence avec les dynamiques sectaires. Le premier point est la coupure du groupe avec le monde extérieur (...)

La radicalisation (encore une fois, je reviendrai précisément sur les faits dans une autre contribution) de l’Observatoire, la violence du ton ont bien exercé un effet destructeur sur les liens intersubjectifs entre collègues : ainsi, de nombreux collègues tout à fait prêts à reconnaître de nombreux problèmes, tant épistémologiques que comportementaux, suscités par l’invasion incontrôlée et mal pensée des X-Studies, ont fui cet effet de polarisation. J’y ai moi-même cédé et sais bien ce dont je parle : la solidarité est une corde sensible quand on est attaqué, voire, comme c’est mon cas, menacée, mais elle peut aussi conduire à accepter n’importe quoi. L’Observatoire a donc, sur les milieux universitaires et culturels, exercé une fonction de repoussoir par rapport au combat qu’il entendait mener. (...)

Elle transforme en "ennemi de l’intérieur" (c’est ainsi que Xavier-Laurent Salvador m’a qualifiée dès les premières critiques) tout porteur de divergence, ou seulement de nuance. Le pluralisme interne met en danger la solidité du "bloc" qui doit résister aux attaques de l’"ennemi".

Le deuxième point de convergence n’est autre que la bonne vieille manipulation, et disons sans fard qu’à cet égard, l’Observatoire est dirigé par un expert (...)

Il sait utiliser mon travail (bien que maladroitement), qui m’a coûté un poste au Ministère de la culture, pour "capitaliser" ses séries de dénonciations, sans prendre de risque. Il maîtrise à la perfection l’art de la surenchère et, simultanément, de la victimisation quand on la lui reproche : évidemment, tout reproche le transforme en victime de la "cancel culture", donc en personne importante et menacée, et apporte de l’eau à sa noria (...)

Pour parachever le tableau, toute dérive sectaire entretient une étrange rivalité mimétique avec ses "ennemis". (...)

A ce jour, l’Observatoire du décolonialisme (et cela malgré son sous-titre, négocié et ajouté à contre-coeur,"et des idéologies identitaires") n’a toujours pas produit de réflexion critique sur les identitarismes d’ultra-droite. (...)

La droitisation d’ensemble est entretenue par l’idée que la gauche et la droite n’existeraient plus, tambouille qui rend bien commode l’absence de pluralisme, les alignements simplistes, ainsi que les tendances extrémistes qui elles-mêmes se trouvent noyées, masquées, dans le relativisme ambiant. (...)

De mon côté, le combat contre les identitarismes et la culture du bannissement ("cancel culture") continue plus que jamais. Notamment sur le terrain de la culture et de l’art, où nous venons de créer un groupe d’acteurs culturels de premier plan. Sans rien céder à aucun identitarisme, de droite comme de gauche. Sans faire l’anguille politique, sans pondre ses oeufs dans plusieurs paniers, sans servilité, sans recherche de rond de cuir. Un groupe de travail vraiment démocratique, humaniste, où l’on n’essaie pas de détruire l’autre... pour obtenir dix secondes de passage d’antenne supplémentaire sur Cnews.

Je suis immensément heureuse de n’avoir rien à voir avec l’Observatoire du décolonialisme.