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Marie-Claude Saliceti
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Reporterre
Retraités, ils font vivre les luttes
Article mis en ligne le 5 décembre 2019

Le temps de la retraite peut être aussi celui de l’activisme. Alors que la réforme des retraites s’apprête à réduire le « temps libéré » des retraités et à baisser leurs pensions, Reporterre dresse le portrait de cinq « retraités militants ».

La première grande journée de mobilisation contre la réforme des retraites se déroule ce jeudi 5 décembre. Les contours définitifs de cette réforme — inspirée par le rapport Delevoye — sont encore l’objet d’une concertation. Néanmoins, le gouvernement ne s’est jamais caché de sa visée générale : le « régime universel » devrait faire basculer le système français vers un système par points, entraîner la disparition des régimes spéciaux et contraindre les actifs à travailler plus longtemps.

Les perdants risquent d’être nombreux. D’après les analyses d’un collectif citoyen, relayées par Mediapart, pour des carrières identiques, le niveau des pensions chutera de 15 à 23 % par rapport à aujourd’hui. Et pour conserver le même niveau de ressource, il faudra travailler trois ans de plus.

Ce faisant, « la réforme mettrait à mal une transformation révolutionnaire de nos sociétés, estime Nicolas Castel. Le temps libéré par le régime universel a permis aux retraités d’inventer tout un tas d’activités consistant — entre autres — à prendre soin des autres, à faire du bénévolat, à faire vivre un club sportif, une association, ou à se consacrer à leur grand-parentalité. »

Comme le montre la sociologue Anne-Marie Guillemard dans l’article « De la retraite mort sociale à la retraite solidaire », dans les années 70 les retraites consistaient principalement en des « retraites-retrait », des « morts sociales ». Ce modèle a reculé, la hausse de l’espérance de vie et le régime général des retraites ayant permis le développement d’autres formes de retraites : les « retraites-loisirs » et la « retraite-troisième âge ».
« Le temps de la retraite est désormais devenu, pour une minorité significative, celui du travail bénévole »

Les sorties précoces d’activité ont également favorisé l’émergence d’une nouvelle retraite, la « solidaire » : des retraités, ne désirant pas se voir « condamnés pour le restant de sa vie à la seule consommation de loisirs et de vacances », se sont forgés une nouvelle identité sociale, tournée vers la vie associative. « Le temps de la retraite est désormais devenu, pour une minorité significative, celui du travail bénévole, écrivait Anne-Marie Guillemard au début des années 2000. Ils veulent continuer de demeurer socialement actifs et utiles, afin de conserver en retour un rôle d’acteur social et de citoyen à part entière. »

Selon le rapport Insee Première « Trente ans de vie associative », publié en 2016, un quart des personnes âgées de 65 ans ou plus sont membres de plusieurs associations, dans au moins deux domaines, dont la « défense de droits ou d’intérêts », la « convivialité » et la « pratique d’une activité culturelle ou sportive ».

« La retraite est désormais un temps pour l’engagement, les retraités représentent la première force associative du pays », constate Édith Gaillard, sociologue à l’université de Bretagne Occidentale, rattachée au Laboratoire d’études et de recherche en sociologie. (...)

la réforme des retraites menace cet « autre temps » pour l’engagement, alerte Nicolas Castel, maître de conférence en sociologie du travail et en sociologie économique, à l’Université de Nancy (...)

L’équipe de Reporterre rencontre souvent, lors de ses reportages, des « retraités-solidaires », des personnes en âge avancé qui ont l’engagement dans les tripes. Elles et ils luttent contre des grands projets destructeurs, contre le délitement du lien social, pour la défense des droits et des libertés publiques. Nous avons choisi de vous présenter cinq d’entre eux, dont une majorité de femmes. Ce n’est pas un hasard : la réforme les retraites les pénalisera encore plus.

  • Geneviève Legay, militante à Attac
  • Bernard Loup, président du Collectif pour le triangle de Gonesse
  • Anne Charmasson-Creus, militante aux côtés des exilés
  • Jean-Luc Juthier, faucheur volontaire d’OGM
  • Geneviève Coiffard, combattante pour Notre-Dame-des-Landes