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France24
Rwanda : le chanteur engagé Kizito Mihigo "s’est suicidé" en prison
Article mis en ligne le 17 février 2020

Un célèbre chanteur et militant rwandais, dont la musique a été interdite par le pouvoir, "s’est suicidé" dans sa cellule, a affirmé, lundi, la police. Incarcéré à Kigali, il avait été arrêté le 13 février 2020, accusé d’avoir voulu traverser illégalement la frontière burundaise dans le but de rejoindre un groupe armé.

Ses chansons provoquaient la colère du gouvernement de Paul Kagamé. Trois jours après son arrestation, Kizito Mihigo a été retrouvé mort dans sa cellule, le 17 février. Dans un communiqué publié sur Twitter, la police rwandaise a annoncé que le chanteur a été retrouvé mort vers 5 h ce matin. Les autorités parlent d’un suicide, sans donner plus de précisions. (...)

Le porte-parole de la police, John Bosco Kabera, a déclaré que le chanteur avait reçu la visite de membres de sa famille et de son avocat durant sa détention. "Une enquête a été ouverte pour déterminer les raisons de son suicide", a-t-il dit. (...)

En 2013 déjà, il s’était attiré les foudres du Front populaire rwandais (FPR au pouvoir) après avoir composé des chansons qui remettaient en question le contrôle strict du gouvernement sur l’héritage de la tragédie de 1994.

Sa musique, autrefois populaire auprès des élites dirigeantes, a été rapidement interdite. Deux ans plus tard, il a été accusé de terrorisme et de soutien à un mouvement politique d’opposition et condamné à 10 ans de prison. Ses avocats avaient souligné l’absence de preuves contre leur client. Le chanteur a ensuite été libéré après une grâce présidentielle en septembre 2018.

Mihigo n’est pas la première personnalité critique envers le gouvernement à mourir de manière suspecte pendant une détention au Rwanda. L’année dernière, un ancien directeur général du bureau de Kagame a été retrouvé mort dans une prison militaire après avoir été condamné à 10 ans pour corruption. En 2015, le médecin personnel de Kagame, Emmanuel Gasakure, a été abattu par la police alors qu’il était en détention. Au pouvoir depuis 1994, Paul Kagame est accusé de diriger le pays d’une main de fer, de réprimer toutes les formes de dissidence et d’emprisonner ou d’exiler des politiciens de l’opposition.