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Mediapart
Sebastian Roché : « Un policier peut-il tuer quelqu’un qui a commis un délit ? »
Article mis en ligne le 22 août 2022

Une nouvelle affaire de « refus d’obtempérer » a fait deux morts au début du week-end, à Vénissieux, dans le Rhône. Deux jeunes de 20 et 26 ans ont été tués par des tirs policiers. Selon le parquet, les premiers éléments « semblent corroborer l’hypothèse de la légitime défense ». Le chercheur Sebastian Roché, spécialiste des questions de police, analyse la complexité du traitement politique et judiciaire de tels événements.

(...) Placés en garde à vue, les deux policiers ont, depuis, été remis en liberté. Selon le parquet de Lyon, cité par l’Agence France-Presse, cette garde à vue a eu lieu « dans le cadre de l’enquête confiée à l’IGPN et ouverte des chefs de violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». (...)

En visite en Corse, le ministre de l’intérieur a apporté, dès vendredi, son « soutien a priori » à « tous les policiers et gendarmes de France qui font face tous les jours à des refus d’obtempérer », ajoutant qu’il y en a un « toutes les demi-heures dans notre pays ».

Face aux journalistes, Gérald Darmanin a également évoqué « une agression claire » contre les policiers, tout en affirmant refuser de « commenter l’enquête en cours ».

« Les policiers vont devoir répondre de l’utilisation de leurs armes, ce qui est bien logique, a poursuivi le ministre, avant de s’attarder sur les circonstances du contrôle et le profil des victimes des tirs policiers. (...)

Selon l’AFP, le casier judiciaire du conducteur portait la mention de neuf condamnations et le jeune homme faisait l’objet de recherches pour des « vols aggravés de véhicules ». Le passager était, lui, « connu des services de police », mais sans aucune condamnation inscrite à son casier judiciaire. Une autre enquête pour « recel de vol, refus d’obtempérer aggravé et violences avec arme sur agents de la force » a par ailleurs été ouverte. (...)

Sébastien Roché : en France nous ne sommes pas du tout dans un modèle d’exécutions extra-judiciaires comme on les voit au Brésil, avec un détournement des armes à des fins politiques ou personnelles. Mais il n’empêche que ces tirs policiers qui font des victimes en France, ce sont bien des homicides. Et ces homicides policiers sont beaucoup plus fréquents. Et puis, le fait d’avoir commis une infraction n’est pas un motif qui permet à un policier d’utiliser les armes à feu. C’est tout le sujet, un peu plus profond, qui est à mon avis en discussion aujourd’hui. Jusqu’où peut-on tuer quelqu’un même s’il a commis un délit ? Même s’il est récidiviste ? Peut-on le priver de la vie et dans quelles conditions un policier peut-il faire ça ? (...)