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Marie-Claude Saliceti
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Entre les lignes, entre les mots
Si nous voulons nous en prendre à toutes les formes d’extrémisme, il nous faut y inclure la misogynie.
Article mis en ligne le 16 juillet 2017

Pas un politicien n’exige encore d’enquête sur la façon dont les hommes de notre pays sont devenus si radicalisés qu’ils massacrent leurs partenaires féminines à raison de deux par semaine.

On nous demande de croire qu’il n’existe pas de lien réel entre la fétichisation pornographique de la soumission féminine et la violence masculine contre les femmes et les filles.

La misogynie est-elle une forme d’extrémisme ? Chaque fois que je vois des déclarations comme celle de la première ministre Theresa May sur la nécessité de s’en prendre à « toutes les formes d’extrémisme », je ne peux pas m’empêcher d’insister pour que nous ajoutions à cette liste la haine des femmes.

Après tout, c’est une question politique. La misogynie tue. L’exclusion des femmes ne peut et ne doit pas être séparée de la violence qui leur est faite. (...)

Il est facile de décrire le misogyne moyen sous les traits stéréotypés d’un loup solitaire vivant en marge de la société. Mais la vérité est que cet homme est pleinement intégré à la société dominante, y occupant même peut-être une position de privilège. Un rapport récent publié par ONU Femmes et Promundo, une organisation mondiale impliquant des hommes et des garçons dans la promotion de l’égalité sexuelle, indique que plus les hommes sont instruits, plus ils risquent de se sentir en droit de harceler les femmes. (...)

En nous donnant un certain recul, il devrait nous paraître tout à fait honteux que les femmes qui mènent des recherches, prennent la parole, écrivent et se mobilisent en vue d’empêcher les hommes de faire du mal aux femmes soient considérées, au mieux, comme un groupe d’intérêt particulier ou, au pire, comme un culte exclusif. Par contre, les hommes qui dépeignent les femmes comme des objets sexuels, les harcèlent en public, défendent leur « droit » à payer pour les pénétrer et se masturbent tant et plus devant des images de femmes martyrisées, sont, eux, considérés comme des mâles tout à fait normaux. (...)

Les femmes et les filles méritent mieux. Si nous sommes engagé.e.s à lutter contre la haine sous toutes ses formes, il est temps que nous cessions d’accorder un passe-droit à tout ce qui nourrit le mythe que les femmes n’existent qu’en fonction de ce que des hommes pourraient vouloir leur faire. Il est temps que nous cessions de traiter l’objetisation des femmes — par opposition à celle de tout autre groupe — comme une préoccupation triviale, sinon comme une forme de divertissement. Il est temps que nous cessions de prétendre que les hommes n’utilisent pas des fantasmes de domination pour justifier leur domination de femmes dans la vraie vie. (...)