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Un parking plutôt que l’agriculture urbaine ! A Colombes, les vieilles idées triomphent
Article mis en ligne le 24 octobre 2015
dernière modification le 21 octobre 2015

La rénovation d’un quartier de cette ville des Hauts-de-Seine intègre... un parking, qui pourrait détruire un lieu agricole et pédagogique porté par des associations. Ce pourrait être une fable. C’est la réalité.

Imaginez un projet de rénovation urbaine, dans un quartier populaire un peu oublié d’une banlieue parisienne un peu chic. Disons, les Hauts-de-Seine, par exemple, dont le prince vient de mourir, sans avoir parlé. Comme un mafieux. Une ville moyenne au doux nom, Colombes, qui fut jadis un des emblèmes de l’industrie automobile française. Le quartier populaire pourrait s’appeler Fossés-Jean.

Cette rénovation urbaine serait en projet depuis dix ans, au moins. Les habitants seraient impatients. L’édile locale, élue à l’arrachée en 2014, ferait, dans le souci de répondre enfin à leurs attentes, de cette rénovation une priorité. Son devoir. Priorité à gauche ? Priorité à droite ?

Imaginez dans ce cadre un promoteur pressenti et approché pour cette rénovation, en partenariat avec l’OPHLM local. Il faut un promoteur solide et fiable, pense madame la maire. Une valeur sûre capable de mener à bien l’ensemble du projet. Le genre Vinci, par exemple.

Vinci ? Pourquoi pas ?
Agriculture, écoconstruction et auto-organisation

Ce promoteur se fait communiquer les plans du quartier, les données chiffrées et humaines, interroge élus et techniciens sur les besoins de la population et de la mairie.

Et puis madame la maire évoque une opération à tiroirs. Deux parkings (aujourd’hui sous-utilisés) seront détruits pour laisser place à une place publique. Du coup, on doit en construire un autre dans le quartier pour les remplacer.

« Qu’à cela ne tienne, dit le promoteur, on s’y connait en parking ! Un parking en vaut un autre. Nous l’appellerons parc de stationnement. Voilà tout. Mais qu’y a-t-il, aujourd’hui, à la place du parking que vous souhaitez construire ? Je vois un bâtiment et du vert. C’est quoi ça ? Vieux ou récent ? »
— La maire : « Oh ! Ça n’est rien, un projet d’agriculture urbaine, européen. Il se termine le 30 septembre 2015. Et nous pouvons construire le parking à partir de là. »
— Vinci : « Mais c’est intéressant, l’agriculture urbaine, dans un quartier populaire en rénovation. C’est le moment d’innover. Ça peut aider la médiation sociale et divertir la population… J’aimerais bien voir de plus près ce projet européen… »

Chemin faisant, un peu plus tard, un envoyé du promoteur en charge du développement durable lui rapporte photos et entretiens, un rapport complet. Le promoteur, vivement intéressé, rencontre à nouveau la maire et propose d’intégrer le projet à la rénovation urbaine, d’en faire un moteur d’une éducation à l’environnement de la population, insistant pour une construction à basse consommation HQE. D’autant plus intéressant que c’est un quartier populaire. Et la mairie peut obtenir des subventions spécifiques pour une rénovation écologique exemplaire. Ça peut être une opération fructueuse en terme d’image, même économiquement…

L’histoire est à peine fictive. (...)

Le projet est soutenu par la Commission européenne sur le programme LIFE +, coproduit par le Conseil régional Île-de-France, le département des Hauts-de-Seine et la mairie de Colombes, avant 2014, bien entendu. Intéressant pour la fondation Fabrique de la cité, faux nez créé par Vinci pour se donner un air de promoteur expert et innovant, chercheur de solutions urbaines. (...)

Le projet R-Urban, incluant Recyclab, un fablab spécialisé en recyclage et l’Agrocité, cette « ferme urbaine » menacée, a été présenté en 2012 à la Biennale de Venise. L’équipe AAA (Atelier d’architecture autogérée) qui le porte a été invitée au MIT, à Harvard, à Sydney, au MOMA de New York pour présenter ce projet, avec lequel elle a eu le prix international Zumtobel pour la recherche et l’innovation.

Il n’y a que Mme Goueta, maire de Colombes, à qui ce projet déplait, qui a tout de même coûté 1,6 million d’euros, en tout, dont 630.000 à la mairie elle-même. (...)

« l’Atrocité » remplacera « l’Agrocité », comme mon correcteur d’orthographe automatique ne cesse de me le proposer… Un parking s’étalera, mortifère, à sa place.

À moins que, à moins que… une espèce de ZAD (zone à défendre) ne vienne modifier le cours malveillant des choses…