Sans doute viendra le temps de la colère. Pour l’heure, les sentiments oscillent entre la consternation et l’impuissance. « C’est une catastrophe plus qu’annoncée », déclare à Reporterre Alejandro Sánchez, député Equo (les Verts espagnols) – Podemos de la communauté autonome de Madrid et docteur en biologie à l’université Complutense. Dans la nuit de jeudi 12 à vendredi 13 mai, l’alerte est en effet donnée qu’un incendie se propage dans la plus grande décharge de pneus d’Europe, à cheval sur la communauté autonome de Castilla-La Mancha (environ 70 % de sa surface) et sur celle de Madrid (environ 30 %). Entre 70.000 et 100.000 tonnes de pneus (soit environ cinq millions de roues) s’y accumulent sur au moins dix hectares
L’imprécision de ces chiffres n’est en rien un hasard. Ouverte dans les années 1990 sur le territoire de la commune de Seseña (21.000 habitants, dans la province de Toledo), cette décharge s’est peu à peu étendue sur la commune voisine de Valdemoro (communauté autonome de Madrid). Totalement hors de contrôle, la situation est le fruit d’une gestion catastrophique de bout en bout, caractérisée par l’appât du gain, le sentiment d’impunité, le mépris de l’environnement et de la population. (...)
« Il s’agit d’une catastrophe environnementale de proportions énormes, probablement la plus importante jamais connue dans cette province », se désole Alejandro Sánchez. « Il va falloir suivre la santé humaine et la pollution à long terme maintenant », abonde Miguel Ángel Hernández, porte-parole en Castilla-La Mancha de l’association Ecologistas en acción, l’une des plus importantes du pays en matière de protection de l’environnement. « La zone n’est pas imperméabilisée, le sol va donc être très pollué, de même que l’air, sur plusieurs dizaines de kilomètres ; et deux rivières importantes passent à proximité : le Jarama et le Tage », poursuit M. Hernández.
Ce qui se déroule est d’autant plus rageant que l’incendie n’est que le point final d’un long chemin constitué d’actes individuels crapuleux et d’imprudences de la part des collectivités locales et de l’État. (...)
Victimes, les habitants de la zone n’ont pas fini de l’être. Les trois quarts de la décharge ont déjà brûlé et l’incendie devrait durer – au mieux – plusieurs jours. Vendredi après-midi, le quartier d’El Pocero (environ 9.000 personnes), le plus proche de la décharge, a été évacué, noyé dans les fumées toxiques. Le niveau d’alerte a été élevé au niveau 2 en Castilla-La Mancha en raison de ces fumées.
La communauté autonome de Madrid a pour sa part fait l’annonce étonnante que la qualité de l’air n’était pas affectée (l’alerte de pollution atmosphérique a cependant été portée au niveau 1). Il est conseillé aux habitants de laisser portes et fenêtres fermées. « Avec cet incendie, la situation à radicalement changé : il faudra procéder à une grande dépollution », prévoit Miguel Ángel Hernández. Pour Alejandro Sánchez, il faut désormais penser à « un vrai changement dans la gestion des déchets, pour les recycler de manière professionnelle et éradiquer ces décharges illégales ».