Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Mediapart
Violences sexuelles : plusieurs femmes accusent Eric Zemmour
Article mis en ligne le 1er mai 2021

Après le récit d’une élue d’Aix-en-Provence publié le 24 avril sur les réseaux sociaux, Mediapart a recueilli les témoignages de plusieurs femmes qui dénoncent les agissements et le comportement du journaliste du Figaro et de CNews, que certains rêvent de voir candidat à la présidentielle.

« Le poil est une trace, un marqueur, un symbole. De notre passé d’homme des cavernes, de notre bestialité, de notre virilité. De la différence des sexes. Il nous rappelle que la virilité va de pair avec la violence, que l’homme est un prédateur sexuel, un conquérant. » Ces mots sont ceux d’un journaliste et essayiste très connu, officiant au Figaro Magazine et sur CNews, plusieurs fois condamné par la justice pour provocation à la haine envers les musulmans, Éric Zemmour.

À 62 ans, il est aujourd’hui mis en cause pour son comportement envers les femmes. Au cours des derniers mois, Mediapart a recueilli plusieurs récits, évoquant des baisers forcés, des gestes et des propos à connotation sexuelle. Contacté, Éric Zemmour a décliné notre demande d’entretien et nous a fait savoir qu’il ne répondrait pas à nos questions, portant sur l’ensemble des éléments recueillis (lire notre Boîte noire).

Il est de nouveau au centre de l’attention depuis la publication d’un post Facebook d’une conseillère municipale d’opposition à Aix (Bouches-du-Rhône), Gaëlle Lenfant, samedi 24 avril. Cette ex-responsable du PS, en charge notamment des droits des femmes, y raconte une scène qui se serait déroulée à l’université d’été de La Rochelle de son parti : elle situe alors les faits « en 2004 », au lendemain d’un dîner partagé avec plusieurs responsables socialistes et un journaliste du Figaro, Éric Zemmour. Ce dernier l’aurait retrouvée pour un atelier thématique organisé à l’Encan, le palais des congrès de la ville. (...)

Depuis, son message a suscité des milliers de commentaires : beaucoup de soutiens mais aussi de nombreuses critiques – Gaëlle Lenfant est tour à tour accusée de mentir, de vouloir régler des comptes politiques avec un homme devenu célèbre, que certains rêvent de voir à la présidence de la République – et certains messages menaçants. Jeudi 29 avril, selon nos informations, elle a déposé plainte pour « menace de crime ». (...)

L’histoire de Gaëlle Lenfant a reçu beaucoup d’écho auprès d’Aurore Van Opstal, une journaliste et autrice belge (...)

Jointe par Mediapart, la journaliste de 31 ans explique avoir voulu témoigner « par solidarité féminine et féministe » après avoir lu le récit de l’élue. « Si je parle aujourd’hui, c’est aussi parce que les féministes nous ont appris que le privé est aussi politique », ajoute-t-elle. Elle estime que les idées développées par Éric Zemmour dans ses écrits seraient corrélées du comportement qu’elle dénonce aujourd’hui : « Il est sexiste, il défend le système patriarcal. Selon lui, les femmes sont par essence vouées à être dans l’émotionnel et non dans la raison. »

Le 5 février 2019, elle sollicite le journaliste du Figaro pour faire une « surprise » à son père, un ouvrier de Charleroi (Belgique) né les mêmes jour et année qu’Éric Zemmour, et adorant « la télé, les gens médiatiques ». Dans son mail intitulé « Demande de rencontre », elle se présente comme une « une amie de Michel Onfray », indique qu’elle et son père « admir[ent] beaucoup [son] travail » et propose un déjeuner tous les trois. Le 18 février, Éric Zemmour accepte et suggère « un café tous les trois, après le déjeuner, vers Le Figaro », selon des mails consultés par Mediapart.

La rencontre aurait eu lieu un mois plus tard, le 18 mars, dans un café, selon la jeune femme. Elle prétend qu’Éric Zemmour lui aurait « caressé le genou avec sa main », sous la table, serait « remonté jusque l’entrejambe », « tout en parlant à [son] père », assis en face, sur la banquette. « Il a fait comme ça deux allers-retours. J’étais tétanisée, sous le choc, je ne comprenais pas ce qu’il se passait, je le connaissais depuis trois minutes. Il avait 60 ans, j’en avais 29 », explique-t-elle. D’après la journaliste, il l’aurait « regardée », en lui disant « discrètement “je peux” » et il aurait « continué à [la] caresser en répondant à [son] père ». « Le “je peux” est arrivé beaucoup trop tard et de toute façon je n’ai rien su dire », assure Aurore Van Opstal. (...)

Selon elle, dans cette « discussion à bâtons rompus », son père n’a rien entendu. Aurore Van Opstal explique qu’ayant été victime durant son enfance de pédocriminalité et de violences intrafamiliales, cet épisode lui a « paru anecdotique » : « Sur le coup, j’étais choquée. Et en quelques secondes dans ma tête je me suis dit ce n’est pas grave. » Elle indique avoir « continué à discuter » avec Éric Zemmour, avoir « même pris une photo de lui et [son] père ». Contacté, Jean-Paul Van Opstal confirme la rencontre, et affirme ne s’être « rendu compte de rien ». Il précise que lorsqu’il a ensuite demandé « des nouvelles » du journaliste, sa fille lui a fait « des sous-entendus », expliquant qu’il aurait été « un peu insistant et que c’était un homme qui aimait bien les femmes ». Ce n’est que le 27 avril qu’elle lui a relaté les détails, avant de témoigner publiquement.

Aurore Van Opstal dit avoir par la suite sollicité elle-même le journaliste pour des raisons professionnelles. Le 19 avril 2019, lorsqu’elle lui écrit pour un conseil relatif à une pige, il conclut son mail d’un : « Je serai ravi de vous revoir à Paris. Je vous embrasse. » Le 2 décembre 2020, elle le contacte pour une « interview courte par mail » sur « la négrophobie structurelle », et conclut d’un « Baisers ». Le journaliste décline et ajoute : « Content chère Aurore d’avoir de nouveau de vos nouvelles vous vous éclipsées [sic] quand notre conversation devenait intéressante ». « À aucun moment, je n’ai voulu avoir des rapports plus qu’intellectuels », affirme-t-elle à Mediapart.

La journaliste s’est ouverte de ces faits auprès de plusieurs ami·e·s et confrères ces deux dernières années. Deux l’ont confirmé à Mediapart (...)