solution « imposée par la communauté internationale » : Laurent Fabius a rompu lundi avec trois semaines de langue de bois diplomatique française pour évoquer l’impensable, un règlement de paix imposé de l’extérieur, aussi bien aux Israéliens qu’aux Palestiniens
Le communiqué du ministre des Affaires étrangères, qui contient des termes inhabituellement brutaux, parlant de « carnage » à Gaza, est une réaction directe à ce qui pourrait bien être le bombardement de trop de l’armée israélienne : l’attaque dimanche d’une école gérée par les Nations unies dans la bande de Gaza, faisant dix morts et 30 blessés, provoquant un tollé général et conduisant Israël à décréter une trêve humanitaire de sept heures. (...)
On est bien loin de la réaction initiale de François Hollande, aux premiers jours de la confrontation entre Israël et le Hamas, faisant uniquement allusion au droit des Israéliens à se défendre. Loin aussi des positions toujours soucieuses d’un équilibre millimétrique dans les semaines suivantes.
Jusqu’à la rupture de ton de ce lundi, avec cette référence inattendue à une solution « imposée », répétée deux fois dans un communiqué de seulement trois paragraphes.
Radicalisation du discours
Cette imposition de l’extérieur était jusqu’ici exclue par les principaux Etats occidentaux, trop proches d’Israël, trop soucieux, aussi, de ne pas prendre de front l’Etat hébreu, surtout en temps de guerre. Ne serait-ce, aussi, par la difficulté d’un tel objectif, loin de faire l’unanimité parmi les grands Etats.
Faut-il que l’horreur des images de Gaza, avec en particulier le nombre invraisemblable d’enfants tués, ait atteint des sommets pour que la diplomatie française radicalise ainsi son positionnement. (...)
Ce qui manque, depuis longtemps, c’est la volonté politique, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, de « tordre le bras » aux protagonistes s’ils ne se montrent pas « raisonnables »... Absence de volonté mais aussi de capacité aux Nations unies, la seule instance susceptible d’imposer une solution avec un minimum de légitimité.
Pas de solution militaire
Cette heure est-elle arrivée ? On peut en douter, même si cette troisième guerre de Gaza en six ans ne peut que renforcer la nécessité d’une solution politique, car il n’y a guère que les plus motivés des Israéliens pour penser qu’il existe une solution exclusivement militaire à ce conflit historique.
La posture nouvelle de Laurent Fabius n’est-elle dictée que par des considérations intérieures, ou est-elle au contraire le signe d’une évolution internationale, y compris au sein de l’administration Obama dont les efforts de médiation n’ont abouti à aucun résultat ? Il est trop tôt pour le dire. (...)