Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
CADTM
Agences de notation
#agencesdeNotation
Article mis en ligne le 3 février 2026
dernière modification le 27 janvier 2026

La dette, toujours la dette. Elle serait trop élevée, insoutenable, menaçante. On nous répète qu’il n’y a pas d’alternative : il faut la réduire, vite, sous peine de catastrophe. La France serait « en faillite ». La Belgique pourrait « finir comme la Grèce ». Ces refrains, loin d’être nouveaux, accompagnent depuis des décennies – et même des siècles – le discours dominant du capitalisme. Au Nord comme au Sud, la dette sert de prétexte, d’alibi, d’arme politique pour justifier l’austérité et servir les intérêts des puissances économiques et financières.

Dans ce « système-dette », les agences de notation occupent une place importante. Chaque dégradation de note fait la une des médias et intensifie la pression sur les gouvernements.

Comprendre ce que sont réellement ces agences est donc essentiel. Loin d’être neutres, elles sont un rouage du système capitaliste et un instrument au service des marchés financiers. Si leur influence est bien réelle, elles ne sont pas toutes-puissantes, et il est possible de les neutraliser.

Agences de notation | Dénoncer (partie 2/4)

Sommaire

1. Elles ne sont pas indépendantes (triple conflit d’intérêt)
2. Elles manquent de transparence
3. Elles ne sont pas neutres
4. Elles sont incompétentes
5. Elles sont néfastes (prophétie auto-réalisatrice)

Après avoir analysés leur origine, leur développement et leur fonctionnement de base, analysons maintenant de manière critique le rôle des agences de notation au sein de la finance mondiale. De nombreuses critiques peuvent être formulées à leur égard, en voici les principales.

1. Elles ne sont pas indépendantes (triple conflit d’intérêt)

Les agences de notations sont potentiellement en situation de triple conflit d’intérêt.

Premièrement, un peu à l’image des commissaires aux comptes ou des services externes de prévention et de protection au travail (SEPPT) [1], les agences de notation sont donc payées par les États ou les entreprises afin de noter ces mêmes États ou entreprises. Elles pourraient donc logiquement avoir tendance à donner des « meilleures » notes à leurs « bons » clients, à savoir ceux qui paient bien ?

Évidemment, les agences de notation se défendent de cette critique en affirmant qu’elles n’ont aucun intérêt à attribuer une bonne note par complaisance car cela pourrait mettre en péril leur réputation, réputation qui leur assure la confiance des marchés. Mais il est permis d’en douter. En effet, sauf pour quelques rares pays de référence et jugés parfaitement « sûrs » (AAA/AA) – par exemple l’Allemagne qui n’a aucun contrat rémunéré –, on remarque que les États dans une situation plus « vulnérables » sont plus enclins à solliciter et rémunérer les agences, afin d’obtenir une note la plus favorable possible, notamment grâce à des rencontres et des échanges réguliers parfois ou tout simplement pour être couverts officiellement malgré leur risque plus élevé.

Deuxièmement, nous l’avons déjà écrit, le conflit d’intérêt était encore plus évident dans le cas des produits structurés : les agences de notation ont été engagées par les institutions financières pour concevoir et ensuite noter les produits structurés qu’elles avaient elles-mêmes créés ! Comment s’étonner alors que, jusqu’à la veille de la crise financière, des milliers de produits financiers pourris, dont les fameux prêts hypothécaires subprimes, accordés à des ménages totalement insolvables, se sont vu accorder par les trois principales agences de la notation la plus haute note, soit triple A.

Enfin, un troisième conflit d’intérêt apparait lorsqu’on s’intéresse à l’actionnariat de ces agences.

(...)