Dominique Pelicot aurait-il pu être neutralisé dès 2010, autrement dit avant de commettre les premiers viols sur son épouse Gisèle ? "La réponse reste oui" ce lundi matin (19 janvier), selon Florence Rault, avocate des parties civiles dans deux cold cases impliquant Dominique Pélicot. À condition que les prélèvements d’ADN aient été correctement utilisés, ce qui n’a pas été le cas, des scellés et des prélèvements ayant disparu, dénonce l’avocate. Pourtant, le rapport de l’Inspection générale, rendu public dimanche 18 janvier, révèle une "fragilité", mais ne pointe aucune responsabilité de la justice.
En mai 2025, le garde des Sceaux avait missionné l’IGJ (Inspection générale de la justice) pour éclaircir des zones d’ombre d’éventuels dysfonctionnements judiciaires, soulignés par les avocats de la défense lors du procès des viols de Mazan. Il s’agissait notamment d’établir pourquoi des investigations n’avaient pas été lancées en 2010.
Pièces perdues et lettres détruites
Le rapport, rendu public ce dimanche, affirme qu’aucun "dysfonctionnement judiciaire" ne peut être établi avec certitude. Pourtant il révèle que le rapport de l’époque du service national de police scientifique gestionnaire du FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques avait été envoyé au parquet de Meaux par "lettre simple" et que rien ne permettait d’affirmer qu’il était bien arrivé à destination, "en l’absence de trace informatique ou papier de réception". (...)
Par ailleurs, il est indiqué que le parquet de Meaux se trouvait en 2010, en phase de "réorganisation" et que des pièces se sont perdues, voire des "lettres adressées aux magistrats, ayant quitté la juridiction pouvaient être (...) détruites sans être ouvertes".
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"C’est du blabla en fait, explique l’avocate, j’étais à peu près sûre qu’ils allaient faire en sorte de fabriquer ce rapport pour que l’institution soit couverte et dédouanée". Selon elle pourtant, les responsabilités existent : "personne n’est responsable à titre individuel mais à titre collectif : l’Etat, pour les services de la justice qui ont dysfonctionné".
"De qui se moque-t-on ? "
De son côté, Béatrice Zavarro, l’avocate de Dominique Pélicot, estime que "ce rapport ne clôt pas le débat, il l’ouvre", car au-delà de la défense de son client, ce qu’il "contient est quand même assez stupéfiant". A l’absence avérée de dysfonctionnements, l’avocate répond : "de qui se moque-t-on ? Il s’agit d’un document qui matche un ADN sur une scène de crime et on envoie ça en lettre simple sans même s’assurer de la bonne réception ? " (...)
Inquiétant, d’autant qu’aujourd’hui encore les rapports peuvent être transmis par un simple courrier sans accusé de réception. Le rapport de l’IGJ présente donc une liste de recommandations, parmi lesquelles l’utilisation sécurisée de la plateforme PLINE, et la justice promet une nouvelle méthode dès le mois de février 2026. (...)