Face à la dermatose nodulaire, Marie Ufferte, éleveuse de vaches allaitantes et de chèvres en Bretagne, syndiquée à la Confédération paysanne, appelle à de l’écoute et de la compréhension contre les préjugés d’une gauche urbaine moraliste.
Ces derniers jours avec les mouvements paysans autour de la dermatose nodulaire, nous voilà coincés entre la sempiternelle fétichisation de la figure de l’agriculteur par l’extrême droite et la bien simple et méprisante équation de beaucoup de gens de gauche qui pourrait se résumer ainsi : agriculteurs = ruraux = fachos.
Des premiers je ne parlerai pas car, ce qui m’a ulcérée, ce sont les attaques venues de mon camp. J’ai entendu des camarades fustiger la Confédération paysanne parce que certains militants luttent aux côtés des fachos de la Coordination rurale ; d’autres ironiser sur la prétendue sensibilité des paysans quand il s’agit d’abattre leur troupeau alors que, finalement, tuer des animaux, c’est leur cœur de métier. Un peu de décence, un peu d’humilité ! (...)
La sociologue Jocelyne Porcher parle du « contrat d’élevage » entre l’homme et l’animal. Mais savent-ils, mes cochons, qu’à la fin ils seront pendus à un crochet ? Auraient-ils signé pour ça ? Il n’y a pas de contrat. C’est juste une fable qu’on se raconte pour être en paix avec soi-même. (...)
Alors, évidemment que, lorsque quelqu’un de l’extérieur décide à votre place, non pas de tuer un animal pour s’en nourrir, mais d’abattre des animaux sains pour les envoyer se faire incinérer, c’est d’une violence inouïe. Et évidemment qu’il y a une dissonance cognitive dans l’élevage, cette expression que les antispécistes aiment tant. Mais existe-t-il une personne sur cette Terre qui n’en soit pas victime, de cette fameuse dissonance ? Qui peut se targuer d’être aligné à 100 % entre ses idées et ses actes ? Personne, j’en suis certaine. (...)
Ce que je trouve radical, de mon côté, c’est de choisir de devenir paysan. Choisir de nourrir nos semblables malgré la douleur et la dissonance que cela peut créer en nous. C’est d’embrasser un métier qui devient une vie entière, et parfois nous dévore. Ce qui est radical, c’est de faire ce choix alors même que l’on sait qu’on en vivra difficilement, voire, pour certains, qu’on en mourra. (...)