Palantir, Geogroup, Capgemini… depuis son retour au pouvoir, Donald Trump s’appuie sur une foule d’entreprises privées pour sa politique migratoire répressive. Nombreuses sont celles qui ont grandement bénéficié de ces contrats passés avec le gouvernement des États-Unis. Plongée au cœur du business américain de la répression.
Les mois passant, le projet anti-immigration de Donald Trump s’enfonce dans la violence. Mais derrière les contrôles au faciès, les arrestations musclées et les meurtres de civils, se cache un juteux business dont profite une poignée de sociétés. (...)
Plusieurs groupes privés – certains proches du locataire de la Maison Blanche – ont trouvé dans la politique migratoire des États-Unis une manne financière visiblement inépuisable. Et pour cause, depuis le retour aux affaires de Donald Trump, le budget alloué au département de la sécurité intérieure (DHS) a explosé. Avec près de 400 milliards de dollars sur la seule année 2025, il est plus de deux fois supérieur aux 176 milliards accordés en 2024. Légèrement réduit cette année, le budget du DHS dépasse toujours 330 milliards de dollars.
Cet argent alimente principalement deux corps de police : le service de l’immigration et des douanes (ICE) et le service de la protection des frontières des États-Unis. (...)
L’information à tout prix
Très médiatisée depuis un an environ, Palantir, le petit bébé du libertarien et grand soutien de Donald Trump, Peter Thiel, gravite dans les sphères fédérales depuis près de vingt ans. Mais l’entreprise a trouvé un important filon dans la collecte d’informations pour le compte de l’ICE. (...)
Pour ICE, tous les moyens sont bons pour pister les immigrés. Une technologie lui est particulièrement utile pour cela. Grâce à CLEAR, un outil développé par Thomson Reuters et pour lequel le DHS a renouvelé un contrat de 4 millions de dollars en mai 2025, la police de l’immigration américaine peut traquer ses cibles à partir des plaques d’immatriculation de leurs véhicules. Même situation pour la technologie de reconnaissance faciale de Clearview AI, dont les revenus fédéraux ont bondi cette année après une signature qui pourrait rapporter jusqu’à 9 millions de dollars.
Sans oublier les 4,6 millions versés en 2025 à BI² technologies pour ses scanners rétiniens dont l’entreprise vante la capacité à « identifier les délinquants et les détenus par les caractéristiques uniques de leur iris ». Les agents de l’ICE obtiennent également l’accès à la base de données biométrique de BI² grâce à laquelle ils pourront « authentifier rapidement l’identité des sujets lors d’opérations sur le terrain », selon les termes du contrat.
Les liens directs avec Donald Trump ne sont jamais très loin. (...)
Un business lucratif grâce auquel des entreprises comme ADS Tactical ont trouvé des revenus subsidiaires. Subsidiaires en effet car ADS – « atlantic diving supply » - gagne déjà des milliards en fournissant le département de la Défense. Nos calculs ont cependant relevé la signature d’au moins 34 contrats avec l’ICE sur la seule année 2025 pour un montant de près de 79 millions de dollars. Conclu en septembre 2025, l’un d’entre eux prévoit par exemple l’achat d’étuis pour pistolet Glock – le modèle d’arme utilisé dans le meurtre d’Alex Pretti – à hauteur de 3,8 millions de dollars.
L’administration fait aussi appel, depuis plusieurs années, à des sociétés de sécurité privées pour sa traque aux migrants. C’est grâce à cela que G4S Solutions (...)
CSI Aviation, une entreprise d’aviation privée employée par le gouvernement. Régulièrement sollicitée depuis près de 20 ans, la compagnie fondée par l’ancien membre des Marines et discret donateur à la campagne de Donald Trump, Allen Weh, a touché le gros lot depuis le retour du milliardaire à Washington. En février 2025, elle a signé un contrat pour 33 millions de dollars en acceptant « de fournir des vols quotidiens réguliers par de gros avions et des vols charter spéciaux à haut risque pour faciliter les opérations d’expulsion des étrangers illégaux par l’ICE ». (...)
Les prisons privées font le plein
Le groupe Wackenhut a visiblement eu du flair (...)
Autre groupe de détention privé, CoreCivic a connu une importante hausse de contrats gouvernementaux en 2025 et permet à l’ICE d’élargir, toujours plus, son maillage pénitentiaire du pays (...)
Derrière les discours sécuritaires et identitaires de Donald Trump se cache ainsi, de nouveau, une logique capitaliste qui incite à la course au profit du « complexe sécuritaro-frontalier ou sécuritaro-industriel », comme le qualifie Cléa Fortuné.
Il faut toutefois garder à l’esprit que la répression migratoire inédite de Donald Trump s’appuie sur les bases installées par certains de ses prédécesseurs, explique la chercheuse. (...)
Donald Trump repousse brutalement les limites d’une politique migratoire américaine graduellement plus répressive depuis les attentats du 11 septembre.