Chasser les Palestiniens de leurs terres est un objectif dorénavant ouvertement affiché par certains membres du gouvernement israélien et les colons extrémistes. Parmi les méthodes employées pour déloger la population, diminuer drastiquement son accès à l’eau, voire la confisquer.
Samedi 7 février, un groupe de colons israéliens attaque la principale station gérant les puits d’Ein Samia, à l’est de Ramallah. Six puits de cette source alimentent en eau potable la plupart des villes situées à l’est de Ramallah depuis les années 1960. Dix-neuf villages - plus de 100 000 Palestiniens - dépendent entièrement de ce lieu pour leur approvisionnement en eau et 14 autres communautés palestiniennes reçoivent une partie de leur eau de ce site. (...)
Les assaillants, certains armés, ont agressé des employés de la société alors qu’ils étaient en service et ont détruit une partie du matériel à l’intérieur de leurs locaux. Le pompage de l’eau des puits a de nouveau dû être interrompu.
Une recrudescence des attaques
Car quelques jours plus tôt, le 25 janvier, les colons avaient déjà attaqué une équipe de techniciens de la Société des eaux de Jérusalem en train d’effectuer des travaux de maintenance sur un puits dans le quartier d’Ein Samia.
Le pompage de l’eau des puits d’Ein Samia a là encore été temporairement interrompu, des barbelés installés par les colons autour de puits ont empêché les équipes techniques d’accéder au site pour réparer les dommages causés. (...)
Ainsi, la Jerusalem Water Undertaking continue de fonctionner dans la mesure de ses capacités, en réagissant rapidement aux impératifs par des interventions de maintenance urgentes et la remise en état des systèmes. Cependant, chaque attaque entraîne des coupures d’eau qui affectent les villages et les communautés dépendant des puits d’Ein Samia. « Cela prive temporairement les habitants de leur droit fondamental à l’eau et exerce une pression supplémentaire sur les équipes techniques », pointe Fares Almalki.
Les puits d’Ein Samia se trouvent sur le versant oriental de la Cisjordanie, une région confrontée à des attaques répétées de colons contre les infrastructures hydrauliques qui n’ont pas débuté le 8 octobre 2023. Mais depuis près de deux ans et demi, elles sont de plus en plus fréquentes et l’approvisionnement en eau est confronté à des difficultés croissantes. (...)
Une situation intenable et illégale
Le manque d’accès à l’eau, ressource essentielle à la vie, participe à l’insécurité alimentaire et sanitaire. Toute tentative d’obstruction de l’accès à l’eau potable en zone de conflit est contraire au droit international et peut aussi nuire au respect du droit à l’eau, du droit à la santé et des droits de l’homme qui y sont liés. Par ailleurs, le droit international affirme que la puissance occupante est tenue d’administrer les territoires qu’elle contrôle dans le meilleur intérêt de la population occupée, ce qui implique que les Palestiniens doivent avoir accès à l’eau potable.
Depuis 1967, il est interdit aux Palestiniens de la zone C de construire de nouvelles infrastructures hydrauliques sans permis de construire préalable, permis uniquement délivrés par l’armée israélienne, au compte-gouttes. Les Palestiniens ne peuvent dès lors ni construire de nouveaux puits, ni agrandir ceux existants malgré la présence de sources locales, ce qui prive d’eau potable 180 villages palestiniens, selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU.
Dans la plupart des régions de Cisjordanie occupée, la collecte d’eau de pluie est également entravée par Israël et l’armée détruit régulièrement des citernes ou des bassins d’eau de pluie. Une résolution de l’assemblée générale de l’ONU de septembre 2024 a dénoncé le « mépris de la souveraineté permanente de la Palestine sur ses ressources ». (...)
Une inégalité d’accès
Les Palestiniens de Cisjordanie occupée ne disposent en moyenne que d’une soixantaine de litres d’eau par jour et par personne, alors que l’Organisation mondiale de la santé recommande un minimum de 100 litres. En Israël, la consommation d’eau quotidienne par personne s’élève à quelque 300 litres, tandis que les colons israéliens en Cisjordanie consomment jusqu’à 800 litres par jour, note le Groupe palestinien d’hydrologie (PHG), qui lutte contre la pénurie d’eau, la dégradation de l’environnement et les injustices liées à l’eau en période d’occupation.
Par ailleurs, la population palestinienne a été multipliée par cinq depuis 1967, tandis que la consommation totale d’eau a seulement doublé (...)
L’eau, une arme de guerre pour Israël
Dès lors l’accès à l’eau représente une arme aux mains du gouvernement israélien en faveur des colons. Un accès privilégié qui, par ailleurs, permet l’essor des exploitations agricoles israéliennes (vigne, oliveraies, dattiers, etc.).
Pendant les interruptions ou les restrictions imposées par Israël, des mesures alternatives sont adoptées, notamment la redistribution de l’eau disponible en fonction des priorités d’urgence, le recours à des sources alternatives limitées et, dans certains cas, l’achat d’eau transportée par camions citernes, malgré la charge financière supplémentaire que cela représente pour les habitants. (...)