Daquin voulait rejoindre l’Europe pour réaliser son rêve, devenir cuisinier. Mais après des semaines dans les camps en Tunisie, un naufrage et une expulsion dans le désert, le jeune Camerounais a finalement rebroussé chemin. Témoignage.
(...) Depuis un an et demi environ, les migrants qui attendent de prendre la mer pour l’Europe s’entassent dans des camps de fortune aménagés entre Sfax – où ils sont systématiquement chassés par la police – et Jebeniana. Ils tentent de survivre dans ces champs d’oliviers sans aucune structure médicale, à la merci des intempéries et des agressions. (...)
On nous a menottés avec des liens rigides en plastique et forcés à monter dans un bus. On a roulé pendant dix heures, ligotés. Si une personne demandait à un agent de desserrer les liens, il serrait encore plus. On ne devait pas les regarder dans les yeux, sinon ils nous giflaient. Ils nous appelaient les ‘Africains’. Beaucoup de personnes se sont évanouies sur le chemin. Moi je suis resté dans mon coin, sans parler, la tête baissée.
Vers minuit, le bus nous a déposés à la frontière algérienne, vers Kasserine. Les policiers nous ont crié de partir, et ils ont attendu qu’on s’éloigne vers l’Algérie. On n’avait pas le choix, on a commencé à marcher.
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