Le Sénat argentin examine ce 11 février la réforme du travail voulue par le président d’extrême droite Javier Milei. Au même moment, les syndicats manifesteront pour dénoncer une remise en cause des droits et protections collectives.
« Par l’ampleur des droits qu’il abroge, la diversité des questions qu’il aborde et la gravité des reculs qu’il engendre, ce projet de loi n’est comparable qu’à la réforme du travail mise en œuvre sous la dictature civilo-militaire de 1976 », s’indigne la centrale syndicale argentine CTA-A, dans un communiqué de presse publié fin janvier.
Elle n’est pas la seule à alerter. Pour la Confédération syndicale internationale, à laquelle sont affiliés les principaux syndicats argentins (CGT, CTA-T, CTA-A), cette réforme « viserait à supprimer des protections constitutionnelles des travailleurs, à affaiblir les syndicats et à porter gravement atteinte aux droits fondamentaux du travail ».
La volonté de réformer le marché du travail au bénéfice des entreprises fait partie des obsessions de Javier Milei depuis son arrivée au pouvoir, en décembre 2023. (...)
plusieurs de ses projets de loi ou de ses décrets ont été amoindris dans leur portée, soit par les tribunaux, soit par les tractations politiques rendues obligatoires par le rapport de force au Sénat comme à la chambre des députés, le parti de Milei, La Libertad Avanza, n’y ayant pas la majorité. (...)
Mais, fort de la progression électorale de sa formation politique lors des élections législatives de mi-mandat en octobre 2025, Javier Milei remet le couvert. Cette fois-ci, avec un projet de loi dit de « modernisation du travail » présenté au Congrès fin 2025. Le texte, initialement promis à une procédure accélérée, sera examiné par le Sénat ce mercredi 11 février, avant d’être présenté aux députés le 18 février.
Offensive XXL contre les droits des travailleurs (...)
Concrètement, il s’attaque aux conventions collectives. D’abord, en ouvrant la possibilité que les protections qu’elles offrent puissent être renégociées annuellement, au lieu d’être reconduites automatiquement. Ensuite, en permettant que des accords d’entreprise inférieurs en droits priment sur elles.
Mais les conventions collectives ne sont pas seules dans le viseur du président libertarien. Outre un assouplissement des règles d’embauche et de licenciement, le projet de loi supprime le fonds de promotion du cinéma et démantèle plusieurs statuts professionnels, dont celui de journaliste.
Il autorise aussi à étendre la journée de travail de huit à douze heures. Dans le même temps, il instaure une « banque d’heures » : un dispositif qui permettrait aux employeurs de s’affranchir du paiement majoré des heures supplémentaires. À la place, celles-ci pourraient être récupérées sous forme de congés ou de journées de travail réduites.
Baisses d’impôts pour les entreprises (...)
Grèves et syndicats pris pour cible
Si le gouvernement s’applique à réduire les droits et les protections du monde du travail, il n’oublie pas de s’en prendre à leurs moyens de se défendre. Ainsi, le texte s’attelle à restreindre le droit de grève. Il fixe de nouveaux secteurs d’activité présentés comme essentiels dans lesquels les arrêts de travail seront soumis à un niveau minimum d’activité.
Sont concernés les transports, l’éducation, l’hôtellerie-restauration, les médias ou encore toute production de biens et services destinés à l’exportation. Soit, une liste à la Prévert dans la mesure où l’Argentine exporte à la fois des produits agricoles, du pétrole, des minerais ou encore des voitures pour les seuls biens.
Le gouvernement limite également les outils qui permettent de construire les mobilisations et l’action syndicale en général. (...)
Enfin, pour réduire les capacités des syndicats, le gouvernement s’attaque à leur financement. Il prévoit notamment de mettre fin au prélèvement obligatoire par les employeurs d’une cotisation reversée à ceux-ci pour défendre les travailleuses et travailleurs. (...)
la CGT a affirmé ne pas exclure d’appeler à une journée de grève générale. Mais si elle s’y résout, elle devra accélérer son calendrier car Javier Milei a exprimé sa volonté que le projet soit adopté au plus tard au 1er mars, quitte à abandonner quelques mesures en cours de route.