En marge de son rapport annuel sur l’état des droits humains dans le monde, l’ONG Amnesty International met en garde la France sur ce qui constitue selon elle des signes avant-coureurs de pratiques autoritaires. Entretien avec la présidente d’Amnesty International France.
La France peut-elle basculer dans un régime autoritaire ou illibéral ? Si elle n’en est pas encore là, la banalisation des discours contre l’État de droit est une dérive et représente un danger, selon Amnesty International France, qui a publié, mardi 21 avril, son rapport annuel sur l’état des droits humains dans le monde.
L’ONG liste ce qu’elle considère être "cinq signes avant-coureurs de pratiques autoritaires" : la répression de la société civile, la banalisation des discours racistes, le dénigrement de l’institution judiciaire, le renforcement des outils de surveillance et l’intensification de l’usage de la force par la police.
L’année 2025 a ainsi été marquée, rappelle Amnesty International France, par l’interdiction de manifestations contre la construction de l’A69, par un ministre de l’Intérieur – Bruno Retailleau – clamant publiquement "À bas le voile", par des personnalités politiques condamnées par la justice – Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy – parlant de "tyrannie des juges", par la prolongation de la vidéosurveillance algorithmique et des tentatives d’usage de la reconnaissance faciale, et par la répression "abusive", selon l’ONU, des manifestations par les forces de l’ordre.
"On est en train de détruire ce qui nous permettait d’asseoir notre pays dans une situation démocratique dans laquelle la population a son mot à dire et où les avis divergents sont admis et écoutés", prévient Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France, qui veut toutefois croire à un sursaut avant l’élection présidentielle de 2027. (...)
La situation économique et sociale difficile que connaît la France crée un terrain favorable au développement de ces pratiques autoritaires, d’autant que certains responsables politiques et certains médias relaient des propos racistes, prennent les étrangers comme boucs émissaires et banalisent des propos qui vont à l’encontre de l’État de droit. (...)
Il y a aujourd’hui en France une parole raciste totalement décomplexée, tenue notamment par des responsables politiques, le tout dans un contexte de discriminations raciales systémiques qui existent mais qui sont niées par nos dirigeants. (...)
La seule façon de sortir de ce moment très dangereux, c’est de regarder la question des droits humains et de dire que la société civile a un rôle très important à jouer. Nos droits et nos libertés sont des fondamentaux pour vivre en société. Si nous voulons formuler nos opinions sans avoir peur, si nous voulons avoir accès à une justice indépendante, il faut empêcher la destruction de l’État de droit et éviter qu’il ne cède la place à un État de force.