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Mediapart
En Israël, Éric Zemmour cultive ses obsessions identitaires
#Israel #Hamas #Palestine #Zemmour #extremedroite
Article mis en ligne le 4 novembre 2023
dernière modification le 3 novembre 2023

En déplacement dans un pays meurtri par les attaques du Hamas, Éric Zemmour a transformé son voyage de trois jours en événement de campagne, utilisant le conflit au Proche-Orient pour développer sa rhétorique sur la « guerre des civilisations ».

Éric Zemmour était en campagne. Au cours de ses trois jours de déplacement en Israël, le président de Reconquête s’est rendu dans un kibboutz meurtri par les attaques du Hamas le 7 octobre, a visité le centre de médecine légale de Tel-Aviv et rencontré des familles d’otages retenus à Gaza. Il a surtout multiplié les photos, gilet pare-balles sur le dos, les duplex sur CNews et les saillies xénophobes, exaltant la « guerre des civilisations » dont le conflit entre Israël et le Hamas serait la pointe avancée. (...)

« Les jeunes musulmans qui sont antijuifs, ils n’ont pas lu Maurras ni Drumont », a-t-il ajouté dans une tentative de réhabilitation dont il est coutumier. Farouche antisémite, antidreyfusard, Charles Maurras fut le maître à penser de l’Action française, dont les militants actuels ont, pour une grande part, soutenu Éric Zemmour lors de l’élection présidentielle. (...)

Éric Zemmour n’a cependant pas été interrogé, ni lors de cette interview ni au cours de ses duplex sur CNews, sur son futur procès pour « contestation de crime contre l’humanité » pour avoir affirmé, et réaffirmé ensuite à plusieurs reprises, que Philippe Pétain avait « sauvé » des juifs français pendant la Deuxième Guerre mondiale. La Cour de cassation a ordonné le 5 septembre un nouveau procès, après les relaxes du polémiste en première instance et en appel.

Depuis Israël, Éric Zemmour s’est donc attelé à renforcer sa lecture apocalyptique du monde, tout entière tournée vers son obsession xénophobe à l’égard des musulmans. (...)

En France, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) s’est opposé fermement à Éric Zemmour, par la voix de Yonathan Arfi notamment. Celui qui allait devenir président de l’institution avait publié en 2021 une tribune dans laquelle il dénonçait la dangerosité des propos du candidat : « Les juifs sont doublement victimes du discours d’Éric Zemmour, expliquait-il : une fois victimes de ce qu’il dit, une autre du lieu d’où il s’exprime. […] Le plus insupportable vient du fait que ces provocations soient l’expression d’une personnalité largement identifiée comme juive. » Il concluait ainsi : « En tant que juifs, nous ne sommes bien entendu pas responsables des propos d’Éric Zemmour. Mais nous avons la responsabilité de nous mettre en travers de leur chemin. »

Le 9 octobre, lors de la marche organisée par le Crif après les attaques du Hamas, une dizaine de député·es du Rassemblement national avaient défilé, en écharpe, dans le cortège. Si les organisateurs n’avaient pas invité les représentants des partis d’extrême droite, ceux-ci avaient pu s’afficher dans la manifestation sans souci. (...)

Le meeting d’Éric Zemmour, abondamment mis en scène sur les réseaux sociaux par la communication du candidat et par le média d’extrême droite Livre noir, proche de ses équipes, a rappelé au candidat Reconquête les grandes heures de sa campagne présidentielle (...)

« Je trouve totalement déplacé de venir faire une campagne politique dans un moment comme celui-là, en Israël, a réagi auprès de Mediapart le président du Crif, Yonathan Arfi. Je refuse qu’on instrumentalise la question d’Israël dans une quête de respectabilité au niveau français. » À quelques milliers de kilomètres de là, Marion Maréchal, tête de liste Reconquête pour les européennes, était, elle, en voyage en Arménie. Objectif : y dénoncer, là aussi, les attaques contre la « civilisation occidentale » menées par l’Azerbaïdjan, pays notamment armé… par Israël.