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Expulsés par la France après des OQTF, ils témoignent
#exiles #OQTF #immigration
Article mis en ligne le 3 février 2026
dernière modification le 29 janvier 2026

D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, en 2025, 15 569 personnes ont subi des « éloignements forcés » depuis la France, dont 8 646 vers leur pays d’origine. Six personnes expulsées par la France témoignent des conséquences sur leur vie et celle de leurs proches des retours forcés dans leur pays

(...) Michèle, 38 ans, décrit ainsi l’engrenage qui a mené ­Kelvin, son mari, à être expulsé début janvier au Guyana : un bras cassé, la Sécurité sociale qui perd l’arrêt maladie, les factures qui s’accumulent ; s’ensuit une dépression, puis « des choses qu’il ne devait pas faire qui l’ont mené en prison pendant dix-huit mois ». C’est en prison qu’il reçoit une OQTF. Mais, quand il a eu le courrier de la préfecture entre les mains, le délai pour déposer un recours était déjà dépassé.

Kelvin devait sortir de prison le 31 décembre dernier. Les enfants comptaient les jours. Michèle avait acheté ses céréales préférées, du beurre de cacahuète et des ballons. « Tellement il était traumatisé, mon mari a laissé toutes ses affaires à ses codétenus. » Mais, à la sortie de la prison, la police aux frontières attendait Kelvin et l’a mené directement au CRA.

En vitesse, Michèle et les enfants sont allés le voir. Ils ont assisté à la première audience devant le juge des libertés, auquel Michèle a aussi adressé une lettre signée de la main de ses enfants. Ils ne pensaient pas que Kelvin serait si vite expulsé. Au CRA de Bordeaux, situé au sous-sol du commissariat, d’autres retenus avaient conseillé à Kelvin de « résister, de crier, d’agir comme un fou ». Il craignait la prison s’il résistait et a coopéré. « On n’a pas eu le temps de lui préparer des affaires ni de lui dire au revoir », souffle Michèle.

Deux semaines après avoir été expulsé au Guyana, Kelvin ne s’est pas encore fait « au climat tropical, aux moustiques et au changement d’heure ». Il avait quitté son pays il y a dix-sept ans. « Ils m’ont expulsé sans passeport, sans carte d’identité. Je suis comme sans papiers dans mon propre pays », explique-t-il.

« Pourquoi ça s’est passé comme ça ? »

Aucune des personnes interrogées ne comprend pourquoi elle a été expulsée « comme un criminel ». (...)