Ces deux dernières semaines, les autorités italiennes ont augmenté les transferts de migrants vers son centre controversé de Gjader, en Albanie, d’où certains pourront demander l’asile. Ces envois vers l’Albanie interviennent alors que de nouvelles mesures ont été adoptées par le Parlement européen, visant à faciliter le renvoi par les États membres des demandeurs d’asile vers des pays que l’Europe considère comme "sûrs".
(...) Avec le soutien officiel de l’UE, les Vingt-sept sont autorisés à traiter les demandes d’asile dans des "hubs" situés dans des pays tiers. Une aubaine pour l’Italie qui a toujours voulu "sauver" son accord avec l’Albanie. (...)
Giorgia Pintus, membre d’une délégation de l’ONG TAI, qui s’occupe des immigrés, et qui a visité le centre cette semaine, a déclaré qu’il y avait eu deux transferts importants au cours des deux dernières semaines.
Une source du ministère a indiqué pour sa part que "le centre a toujours été opérationnel. Le nombre de personnes varie en fonction des besoins".
Des personnes intégrées en Italie transférées en Albanie
Parmi les migrants détenus à Gjader figurent des personnes souffrant de troubles psychologiques et des ressortissants de pays, tels que l’Iran, où le rapatriement est "pratiquement impossible", selon l’ONG.
L’Italie détient également dans le centre des personnes qui s’étaient intégrées dans le pays, mais qui ont perdu leur emploi et, par conséquent, leur permis de séjour, précise l’ONG. (...)
Les exilés détenus dans la structure albanaise ont accès à un seul téléphone et doivent attendre leur tour, "ce qui peut prendre plusieurs jours", tandis que le temps dont elles disposent pour parler à leurs avocats ou à leurs familles est limité, assure Giorgia Pintus.
Parmi les détenus, au moins deux personnes avaient déjà été envoyées en Albanie une première fois, puis renvoyées en Italie, avant d’être à nouveau envoyées à Gjader. L’un d’eux est un Sénégalais dont la femme et les filles vivent à Brescia, dans le nord de l’Italie. Il avait été détenu en Albanie puis libéré pour raisons de santé.
"À son retour en Italie, il a repris son travail de peintre en bâtiment et a réussi à convaincre son employeur de régulariser son statut", a précisé à l’AFP Giorgia Pintus. "Il s’est rendu de son propre chef au poste de police pour entamer les démarches en vue d’obtenir un permis de séjour", mais il a été renvoyé en Albanie, a-t-elle ajouté. (...)
La délégation de l’ONG a par ailleurs dénoncé "le recours généralisé à des mesures coercitives" pendant le voyage entre l’Italie et l’Albanie. Peu de personnes détenues dans le centre sont ensuite rapatriées, a affirmé Giorgia Pintus. À l’exception de cinq Égyptiens rapatriés directement depuis Tirana en mai 2025, les rares personnes renvoyées dans leur pays ont d’abord été renvoyées en Italie, selon l’ONG.
132 migrants transférés en un an
Ce coûteux centre est l’un des projets phares de la Première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni pour lutter contre l’immigration clandestine. (...)