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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Face à Macron, syndicats et partis politiques se dispersent
#Macron #dictature #democratie #electionslegislatives #NFP #syndicats
Article mis en ligne le 2 septembre 2024
dernière modification le 31 août 2024

Si des syndicats ont pris ouvertement fait et cause pour le NFP lors des élections législatives, l’heure est à la séparation : la rentrée sociale des partis politiques, le 7 septembre, n’emmènera pas avec elle les troupes syndicales, qui manifesteront le 1er octobre.

La rentrée sociale, ça sera chacun de son côté. Face aux provocations antidémocratiques d’Emmanuel Macron, les syndicats et les partis politiques de gauche iront côte à côte mais pas ensemble… Au grand dam de La France insoumise, qui avait appelé les syndicats à se joindre à sa manifestation du 7 septembre « contre le coup de force de Macron ».

Après de nombreuses tergiversations, Emmanuel Macron a coupé court à toute discussion le 26 août, en annonçant qu’il ne nommerait pas à Matignon la candidate du Nouveau Front populaire, Lucie Castets, afin de maintenir « la stabilité institutionnelle de notre pays ». La minorité présidentielle a d’ailleurs fait savoir qu’elle ne s’accommoderait au poste de premier ou première ministre ni de Lucie Castets, ni d’aucun·e autre représentant·e d’une gauche qui souhaite le rétablissement de l’impôt sur la fortune, l’abrogation de la réforme des retraites ou encore le smic à 1 600 euros. Et ce, même si la majorité des Français·es a voté pour ce programme-là. (...)

les syndicats sont revenus à la distance naturelle qu’ils observent avec les partis politiques. Ils n’iront pas, le 7 septembre, battre le pavé aux côtés des partis de gauche pour exiger la nomination d’une première ministre de gauche. Peut-être, aussi, parce que la grande ouverture électorale promise par le NFP à la société civile et aux syndicats s’est avérée bien peu frappante à l’arrivée. À l’exception de LFI, les partis n’ont que peu ouvert leurs rangs aux syndicalistes, travailleurs et travailleuses ou militantes et militants associatifs.

Pour l’heure, et à l’exception des organisations étudiantes et lycéennes, les syndicats professionnels ont refusé l’invitation et comptent tenir leur propre rentrée sociale, le 1er octobre, premier jour des débats sur le budget à l’Assemblée nationale. Leurs revendications sont multiples : « l’abrogation de la réforme des retraites », « l’augmentation des salaires et des pensions et l’égalité entre les femmes et les hommes », « le financement de nos services publics » et « le développement de l’emploi industriel en lien avec les enjeux environnementaux ». (...)

« La défiance que les travailleuses et travailleurs ont vis-à-vis de la classe politique concerne aussi la gauche, rappelle Adèle Tellez, jardinière de la Ville de Paris et secrétaire générale de l’union locale CGT du XIXe arrondissement de Paris. Est-ce que les travailleuses et travailleurs se mettraient massivement en grève pour une première ministre NFP alors que la gauche n’est pas encore complètement sortie du discrédit qui touche toute la classe politique ? Je ne suis pas sûre. » (...)

la CGT non plus n’appelle pas ses membres à se joindre à la mobilisation du 7 septembre. « On n’appelle pas à faire une grève pour une première ministre de gauche, tranche Thomas Vacheron. Il y a une initiative qui est prise par les partis, on en prend acte, avec bienveillance. On n’appelle pas à la grève parce que déjà c’est un samedi, la plupart des salariés ne travaillent pas ce jour-là et sont libres d’y aller et, quand bien même, on laisse aux partis cette initiative et on organise les nôtres, en toute indépendance. »

Pour la députée LFI Aurélie Trouvé, « il y a plus que de la bienveillance » entre les syndicats et les partis politiques qui constituent le NFP. Elle assure que son camp n’est « absolument pas déçu » par leur absence de participation à la journée du 7 septembre : « On est complémentaires : eux sont sur le plan des batailles sociales et syndicales, et nous nous joindrons à la date intersyndicale qui sera retenue. Sans appeler formellement [à manifester le] 7 septembre, Benoît Teste (secrétaire général de la FSU) et Sophie Binet disent que leurs militants seront là, des structures locales ont annoncé qu’elles y participeraient. C’est très bien ainsi. Nous avons des rôles différents dans la bataille actuelle, mais on frappe dans le même sens. »

Pour la CFDT, pas de manif le 7 septembre non plus

La CFDT ne sera pas de la mobilisation du 7 septembre non plus. « Selon nous, il n’appartient pas à une organisation syndicale de faire un commentaire ou d’influencer le choix de premier ministre du président, cela relève de ses prérogatives, assure Yvan Ricordeau, secrétaire national de la CFDT. On ne l’a jamais fait, et on ne le fera pas en cette rentrée non plus. » Ainsi, la confédération, qui était sortie de son mutisme habituel pour appeler à voter contre l’extrême droite lors des législatives – sans toutefois appeler directement à voter pour le NFP – revient à ses fondamentaux. (...)

À cette occasion-là, la CGT, la FSU et Solidaires battront le pavé, sans la CFDT. (...) si les mots d’ordre du 1er octobre semblent pouvoir être partagés par tous, c’est le mode opératoire qui paraît ne pas convenir à la CFDT. (...)

Grève générale : « pas de bouton magique »

Sur les réseaux sociaux, certains militants de gauche n’ont pas attendu la décision de la CGT pour s’offusquer du manque de pro-activité des syndicats en cette rentrée politique mouvementée. Ainsi, sur X, on a pu lire ici et là des militant·es irrité·es que Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, n’appelle pas à la grève générale. (...)

« Les militants syndicaux savent très bien que les appels des syndicats à faire une grève générale, ça ne suffit pas, explique à Mediapart Karel Yon, chargé de recherche en sociologie au CNRS, spécialisé dans le syndicalisme français et le monde du travail. Au moment de la réforme des retraites, la grève n’a pas pris, alors comment pourrait-elle prendre aujourd’hui dans un contexte beaucoup plus à froid ? À froid aussi parce que les médias n’aident pas à donner à la crise démocratique actuelle l’importance qu’elle mérite. On a l’impression que c’est tout à fait normal que les enjeux politiques qui devraient se jouer dans l’arène parlementaire se jouent uniquement dans la tête du président. » (...)

Enfin, même si un ouragan politique emportait toutes les certitudes d’Emmanuel Macron et qu’il consentait à nommer une première ministre NFP, comme le vote devrait l’y obliger, les syndicats n’en démordraient pas pour autant : « Même dans ce cas-là, il y aurait besoin d’un rapport de force parce qu’en face il y aura un patronat, des multinationales, des députés qui essayeront de saborder toute velléité de changement radical sur les politiques économiques et sociales », conclut Murielle Guilbert.