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Marie-Claude Saliceti
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FRACBI, 29 avril 2026/Insaf Rezagui, Sbeih Sbeih, Leila Seurat, Stéphanie Latte Abdallah et Abaher El-Sakka
Habiller le discours dominant en rigueur historique : A propos du documentaire « Palestine : une histoire » diffusé sur France 5
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #famine #tortures #Histoire
Article mis en ligne le 3 mai 2026
dernière modification le 30 avril 2026

Il existe une forme de malhonnêteté intellectuelle plus redoutable que le mensonge, celle qui emprunte le langage de la rigueur pour mieux maîtriser la conclusion. Le documentaire « Palestine : une histoire », diffusé sur France 5, en offre un exemple particulièrement travaillé. Sur trois épisodes, il convoque le paradigme du colonialisme de peuplement, donne à voir la dépossession historique du peuple palestinien, interroge des témoins, palestiniens notamment, cite des archives, partage des cartes, etc. Tout cela pour aboutir, dans son dernier épisode, à la conclusion la plus convenue qui soit : deux camps, deux extrémismes religieux responsables de manière symétrique. Les Palestiniens seraient finalement tout autant responsables de leur dépossession et du génocide qu’ils subissent actuellement. Le détour historique n’aura servi qu’à habiller d’un vernis de rigueur ce que le discours dominant occidental répète depuis des années.

Les deux premiers épisodes comme construction rhétorique (...)

Un cadrage religieux assumé

Dès les premières minutes de l’épisode 3, le décor est exclusivement religieux. (...)

Ancrer la résistance palestinienne dans le religieux plutôt que dans le politique et l’anticolonial, c’est la déshistoriciser. C’est faire du Hamas une aberration idéologique, anachronique, sans ancrage dans l’occupation militaire qui dure depuis plusieurs décennies. La musique d’ambiance suit ; l’appel à la prière revient fréquemment en fond sonore, et en général dès que le Hamas est évoqué. Un choix de montage qui n’est pas neutre.

La disparition progressive des Palestiniens

Les Palestiniens, très présents dans les deux premiers épisodes, s’effacent progressivement dans l’épisode 3. (...)

Les biais lexicaux

Les indices sont aussi dans les mots. En 1948, ce n’est pas un nettoyage ethnique, c’est une « expulsion ». Autre exemple. Les élections de 2006, pourtant reconnues comme démocratiques par les observateurs internationaux, sont décrites comme remportées « à la loyale » et non « démocratiquement » (ce terme n’est jamais employé). (...)

Adopter la phonologie israélienne pour prononcer des noms arabes dans un documentaire français n’est pas un détail, (...)

L’inversion des responsabilités

Sur le fond, le documentaire procède à plusieurs reprises à une inversion des responsabilités. Les autorités israéliennes auraient été « contraintes » de boucler Gaza et la Cisjordanie en réponse aux attentats dans les années 2000. Les guerres à Gaza sont présentées comme des réponses à des prises d’otages israéliens uniquement, sans cadre politique. (...)

Ces glissements, surtout ceux dans le troisième épisode, auraient pu être corrigés si l’on avait davantage donné la parole à des spécialistes du sujet – ils sont nombreux à avoir été sollicités pour ne finalement pas être retenus ou très peu au montage, alors même qu’ils sont aujourd’hui reconnus comme les spécialistes de ces sujets. Leur absence est aussi un révélateur de l’objectif que semble s’être fixé le reportage ?

La symétrie comme effacement (...)

Enfin, reste les erreurs historiques, factuelles et juridiques. Il ne s’agit pas ici de faire une recension de l’ensemble de celles-ci, mais seulement de rappeler que la rigueur du documentaire est à interroger. (...)

Mobiliser des paradigmes critiques pour en vider la portée au moment précis où ils comptent le plus, c’est ce que fait ce documentaire. Et c’est plus dangereux qu’une propagande assumée, parce que ça ressemble à de l’analyse.