Dans les médias et sur les réseaux sociaux samedi 7 octobre, les Israéliens ont suivi en temps réel l’attaque du Hamas sur leur territoire, attendant pendant de longues heures une réaction officielle
(...) Il était 7 h 30 quand les habitants de Tel-Aviv et du centre d’Israël ont été réveillés par une alerte aux roquettes tirées depuis la bande de Gaza. Il a fallu courir le plus vite possible avec les enfants, en pyjama, à l’abri le plus proche – une pièce sécurisée dans la maison ou l’immeuble pour ceux qui en disposent. Ou au moins trouver refuge dans la cage d’escalier de l’immeuble, loin des fenêtres.
Et puis une détonation, qui semble trop proche cette fois. Tout Israélien est expert en analyse du son de roquettes (...)
En sortant de l’abri, c’est la stupeur : voilà presque deux heures que tout le sud du pays est soumis à une pluie de roquettes. Plus de 2 000 ont été tirées depuis la bande de Gaza, selon le décompte de l’armée. Et cette dangereuse salve se révèle être une tactique de diversion : pendant que le pays court se mettre aux abris, le Hamas s’y infiltre.
Des terroristes armés et déterminés à tuer sont désormais en Israël. Dans les localités proches de la bande de Gaza, ils passent de maison en maison, sonnent aux interphones, tirent sur des voitures, des passants, des familles. Dans la population, c’est l’incompréhension. Un cauchemar.
« Nous sommes en guerre »
Comment est-ce possible ? Comment le Hamas, ce mouvement islamiste au pouvoir à Gaza, a-t-il pu introduire des dizaines d’hommes loin sur le territoire ? Combien d’ailleurs, personne ne le sait. Et pendant de longues heures, aucune autorité officielle n’en parlera. Silence radio.
Il aura fallu attendre un peu après 11 h 30 pour que le premier ministre Benyamin Nétanyahou, devancé par son ministre de la défense, ne publie une vidéo enregistrée sur ses réseaux sociaux.(...)
Les localités assiégées par le Hamas, dont Nétanyahou a parlé à 11 h 30, l’étaient encore à la tombée de la nuit. Plus de dix heures de combat sans que Tsahal, l’armée israélienne, ne parvienne à reprendre le contrôle. Des dizaines de civils sont coincés. Et s’ils sont pris entre les coups de feu, c’est bon signe : cela signifie que l’armée est sur place.
Des dizaines d’Israéliens sont morts. Au moins 100 selon le décompte des services de secours, mais dont beaucoup doutent – dans la soirée, le décompte montait selon les médias à 250 victimes –, et plus de 1 000 blessés. Et puis cet aveu officiel un peu avant 18 heures, secret connu de tous depuis des heures : des Israéliens et Israéliennes ont été pris en otage. Ils sont désormais détenus dans la bande de Gaza.
Vidéos d’otages (...)
Quid du renseignement ?
Aux lèvres de tous, la comparaison avec la guerre de Kippour, quand le jour du Grand Pardon de 1973, Israël a été surpris, sonné, par l’attaque coordonnée des armées égyptienne et syrienne.
Il est tôt pour l’analyse. Mais pas trop tôt pour poser les inévitables questions : comment l’armée israélienne a-t-elle pu être prise à ce point au dépourvu ? Selon le journaliste Ben Caspit, une partie de la réponse résiderait dans le fait que la « division de Gaza », postée généralement à la frontière, avait été envoyée en Cisjordanie.
Son objectif : protéger les colons qui avaient hier initié une énième provocation dans le village palestinien de Hawara, en y montant une Soucca (cabane de la fête de Souccot, qui s’est achevée le 6 octobre, historiquement célébrée à l’occasion des récoltes). Quelques heures plus tôt, un palestinien avait tiré sur une Israélienne enceinte dans sa voiture. L’armée au service des colons, une priorité du gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.
Explication insuffisante cependant. Une opération de la sorte, avec infiltration simultanée du Hamas par voie terrestre, aérienne et maritime, demande forcément une préparation minutieuse et longue. Quid donc du travail des unités de renseignement ?
Samedi soir, nombre d’Israéliens étaient encore en état de siège. Les autres, loin des localités du sud, restent chez eux, portes verrouillées, prêts à courir se mettre à l’abri en cas d’alerte à la roquette, comme celles qui ont à nouveau retenti à Tel-Aviv à la mi-journée, puis en début de soirée. (...)