Une ligne de couleur jaune délimitait déjà l’espace officiellement autorisé aux Palestiniens. Une deuxième, dite orange, invisible, ni officielle ni inscrite physiquement sur le terrain, réduit encore l’espace laissé aux habitant·es.
(...) Des démolitions systématiques ont été menées à l’est de la ligne jaune, et la zone présente aujourd’hui l’aspect d’une table rase : plus de champs cultivés ou cultivables, plus de vergers, plus de bâtiments debout. À l’exception de treize nouveaux postes militaires érigés par l’armée israélienne, visibles sur des photos satellitaires et retranscrits sur une carte présentée par Al-Jazeera. (...)
Le contour de la « ligne jaune » recouvre 53 % des 365 km2 du territoire gazaoui (...)
Ce que les autorités israéliennes n’annoncent pas non plus est la mise en place d’une nouvelle ligne, d’une nouvelle couleur : la ligne orange.
Elle n’est inscrite officiellement nulle part. (...)
Nos sources sont formelles. Toute vérification de notre part sur le terrain est impossible, les autorités de Tel-Aviv refusant toujours l’entrée des journalistes étrangers dans la bande de Gaza. (...)
Un humanitaire estime que la ligne orange se situe à quelques centaines de mètres à l’ouest de la jaune, dans les quartiers de l’est de la ville de Gaza. (...)
Mais aucune marque sur le terrain ne permet de savoir où passe cette ligne orange. (...)
Entassé·es au milieu des décombres, des ruines, des munitions non explosées, les survivant·es de la guerre génocidaire voient leur espace se réduire inexorablement, coincé·es qu’elles et ils sont, entre les chars israéliens et la mer Méditerranée.
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– (L’Humanité)
« Ce n’est pas seulement une ligne militaire, elle marque la fin de nos vies » : à Gaza, comment Israël impose une nouvelle frontière
Dans une rue poussiéreuse, à seulement 50 mètres de la ligne jaune, au nord de Gaza, Zaher Nasser Shamiya, 16 ans, gît dans une mare de sang. Ses amis, paralysés par la peur, vivent l’intensification des tirs israéliens autour d’eux. Quelques instants plus tard, un engin de l’armée israélienne fonce sur Zaher et l’écrase avant que quiconque puisse l’atteindre.
« Un bulldozer militaire a délibérément écrasé Zaher alors qu’il était encore en vie, le coupant en deux et le réduisant en morceaux », témoigne son père, Nasser Shamia, à l’Humanité. « Plus tard, ses amis ont pu rassembler ses restes et les emmener à l’hôpital Al-Shifa, avant que nous nous précipitions là-bas pour le voir une dernière fois. » La scène laisse le quartier dans un silence stupéfait alors que les blocs de béton jaunes de la ligne voisine se dressent comme une frontière entre la vie et la mort.
Ce 10 décembre, Zaher se trouvait près du club Khadamat Jabalia dans le camp de réfugiés de Jabalia, au nord de Gaza, lorsqu’il a été atteint à la tête par une balle israélienne. Alors qu’il marchait le long de la rue Hadded, le jeune homme a été probablement visé par un drone israélien. Ses amis l’ont vu bouger la tête après qu’il a été touché. « Mais ils n’ont pas pu s’approcher de lui en raison des tirs intenses des Israéliens autour de la ligne jaune », explique encore son père.
Des blocs de béton peints en jaune, placés tous les 100 mètres (...)