Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
SenePlus/Jean-Christophe Senghor
La tolérance disparaitrait-elle du Sénégal ?
#Senegal #homosexualite
Article mis en ligne le 19 février 2026
dernière modification le 15 février 2026

Il y a un sujet qui met aujourd’hui en ébullition les réseaux sociaux et les médias dans une espèce de violence incroyable : l’homosexualité ! On n’hésite plus à jeter à la tête de son contradicteur des anathèmes dignes des temps les plus obscurs de notre histoire et des insultes vulgaires les plus éhontées. Est-il donc impossible de s’exprimer sur un sujet – quel qu’il soit – sans pour autant tomber dans la caricature la plus outrée et dans la violence verbale la plus invraisemblable ? Ce qui me gêne, alors que nous entrons dans la 26e année du XXIe siècle, c’est que cette caricature et cette violence deviennent le fer de lance d’un dogmatisme religieux d’un autre temps dans lequel les personnes homosexuelles sont traitées en paria de la société.

Toutes les sociétés, qu’elles soient occidentales ou orientales, africaines ou européennes, ont connu ou connaissent encore des préjugés sur certains de leurs membres, préjugés liés à la naissance, à la religion, aux maladies ou aux handicaps. Au Sénégal, ce sont les castes, les handicapés mentaux, les albinos qui souffrent de ces a priori. Au nom d’une pseudo-culture, au mieux, on cache et on méprise (...)

Chacun sait que les religions du Livre condamnent l’homosexualité depuis plus de 2 000 ans. La religion chrétienne a été d’une violence inouïe condamnant à la mort la plus infamante, c’est-à-dire par le bûcher jusqu’au XVIIe siècle, ceux qui en étaient coupables ou même soupçonnés. Est-ce pour autant qu’en ce début du XXIe siècle nous devrions agir de la sorte ? Plus près de nous, en France, en 1959, le directeur de la police judiciaire considérait sérieusement (?) que « l’homosexualité est intrinsèquement liée à la criminalité ». Ces mœurs n’ont d’ailleurs été acceptés légalement dans ce pays qu’en 1982. De son côté, l’Organisation Mondiale de la Santé n’a rayé l’homosexualité de la liste des maladies mentales qu’en 1990. Cela veut dire que les mentalités peuvent changer et que nous ne pensons pas forcément comme nos ancêtres des siècles précédents. Même le Pape François a, dans une déclaration courageuse, osé affirmer lors d’une interview en 2013 : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? ajoutant par ailleurs « nous ne devons pas mettre en marge ces personnes pour cela, elles doivent être intégrées dans la société » faisant ainsi preuve d’une charité remarquable.

Il n’y a pas plus de personnes homosexuelles en Occident que dans le continent africain. Il y a seulement la volonté de vivre en paix et de s’épanouir par une sexualité qui n’est pas choisie mais imposée par la nature de celui qui la vit (...)

Ne créons pas « d’apartheid sexuel » à l’égard d’une partie de la population au nom de la religion ou d’une pseudo culture africaine ! Aucune religion, aucun groupe prétendant défendre une religion ne peut dicter à ses membres le rejet d’une partie de la population. Lyncher un être humain parce qu’il est, ou pire, « serait » homosexuel est indigne d’un pays, d’une civilisation ! (...)

Dans notre monde déboussolé, la différence conduit souvent à l’inquiétude, l’ignorance de la différence et l’inculture mènent parfois à la violence. C’est ce que disait déjà au XIIe siècle le philosophe musulman Abou Al-Walid ibn Rushd dit Averroès, Grand cadi de Cordoue : « l’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation. » Voltaire l’a dit lui aussi, à sa manière, quelques siècles plus tard : « Ceux qui peuvent vous faire croire à des absurdités, peuvent vous faire commettre des atrocités. »

Réfléchissons-y avant qu’il ne soit trop tard !