Après trois ans de guerre au Soudan entre l’armée régulière (SAF) et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), l’ONU qualifie la situation dans le pays de plus grande crise humanitaire au monde. Certaines sources avancent un bilan dramatique de plus de 200 000 morts et les réfugiés traversent des situations de grande précarité et de danger.
Environ 14 millions de personnes ont fui leur foyer, plus de 11,5 millions errent à l’intérieur du Soudan, souvent déplacées plusieurs fois par l’avancée des combats, et plus de 4,4 millions ont traversé les frontières vers les pays voisins, notamment vers le Tchad qui accueille au total 1,3 million de Soudanais. Mais le bilan des trois ans de guerre qui ont déchiré et continuent de déchirer le Soudan n’est pas que statistique, il est aussi un récit des traumatismes.
Notre correspondante sur place, Nadia Ben Mahfoudh a pu rencontrer de nombreux Soudanais à Adré, l’un des principaux points de passage vers le Tchad, ainsi qu’à Abougoudam, Iriba et Tiné, d’autres villes frontalières. Les témoignages recueillis décrivent une déshumanisation constante qui cible les ethnies non-arabes. Notamment les Masalit et les Zaghawa. Plusieurs réfugiés ont confié à notre correspondante risquer leur vie parce qu’ils sont noirs.
Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) affirme que 84 % des nouveaux arrivants au Tchad déclarent avoir subi des violations graves : passages à tabac, agressions sexuelles, viols... des violences qui vont jusqu’aux exécutions sommaires, enlèvements et emprisonnements avec libération contre rançon.
Un danger accentué par la précarité alimentaire (...)
Beaucoup expliquent avoir fui la nuit, notamment les réfugiés qui ont quitté El Fasher, dans le sud-ouest du Soudan, pour éviter les Forces de soutien rapide (FSR) qui encerclaient la ville jusqu’à sa chute en octobre dernier. Les réfugiés racontent avoir dû franchir des tranchées remplies de cadavres en décomposition pour fuir la ville.
Les Soudanais sont accueillis au Tchad, malgré le manque de moyens (...)
la solidarité se heurte à des financements limités. Sur le site de transit d’Adré à la frontière avec le Soudan par exemple, faute de moyens, le HCR et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont dû réduire le nombre de bénéficiaires ainsi que les quantités distribuées. Selon une source humanitaire, seules 190 000 personnes bénéficient désormais des distributions, contre 230 000 auparavant sur ce site, où les rations, initialement prévues pour un mois, doivent désormais durer pour deux. Le tout avec un risque sécuritaire, puisque le conflit soudanais a régulièrement débordé au Tchad. Comme à Tiné où des frappes de drones ont causé plusieurs pertes civiles. La frontière entre le Tchad et le Soudan est fermée depuis fin mars.
image : SuSanA Secretariat, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons