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Marie-Claude Saliceti
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Le renforcement des contrôles policiers rend la traversée de la Manche plus mortelle, selon des chercheurs
#Manche #migrants #immigration #noyades
Article mis en ligne le 6 avril 2026
dernière modification le 1er avril 2026

Dans une étude publiée la semaine dernière, des chercheurs britanniques et l’organisation Border Forensics ont disséqué la politique migratoire menée à la frontière entre le Royaume-Uni et la France ces dernières années. Selon eux, l’augmentation des décès est directement liée au renforcement des contrôles.

Pour arriver à ce constat, les enquêteurs ont mis en relation les données géographiques des incidents dans la Manche, les données de vol des avions de surveillance, des témoignages recueillis sur le terrain ou encore les données compilées par les associations du littoral (...)

Selon cette "contre-expertise", l’augmentation des morts dans la Manche est directement liée aux accords franco-britanniques conclus pour "stopper les bateaux" de migrants.

Les chercheurs notent que depuis 2020, au fur et à mesure des accords, les financements alloués au gouvernement français pour endiguer les traversées en petites embarcations ont explosé, dépassant les 620,3 millions de livres sterling. Mais "les centaines de millions de livres sterling investies dans le renforcement des frontières françaises n’ont pas enrayé l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni". (...)

Et d’ajouter : "Au contraire, elles l’ont déplacée des ’routes canalisées’ utilisées ces dernières décennies – camions, trains et ferries – vers la haute mer, où les dangers encourus par les voyageurs se sont accrus à chaque accord conclu".

Un phénomène déjà largement documenté par des ONG et médias mais il s’agit ici de la première enquête de chercheurs reliant "de manière exhaustive" les données géospatiales relatives aux traversées de "small boats", aux décès et aux pratiques de surveillance des frontières dans le nord de la France, estime l’un des auteurs à Mediapart et The Independant, qui révèlent ce rapport.

De nombreux témoignages recueillis par InfoMigrants ces dernières années démontrent aussi que la militarisation de la frontière entre la France et le Royaume-Uni pousse les exilés a emprunté des itinéraires toujours plus dangereux.
"Un changement de mentalité au sein des forces de l’ordre françaises"

Les chercheurs signalent même que 2023, année de la "déclaration conjointe des dirigeants" - un accord migratoire conclut entre les deux pays actuellement en cours de renégociation - , a connu "une augmentation spectaculaire du nombre de décès dans la Manche", notamment car "un changement de mentalité au sein des forces de l’ordre françaises" s’est engendrée. (...)

Selon le rapport, les opérations contre les chaines d’approvisionnement ont un impact sur le nombre de canots pneumatiques et pousse les migrants à recourir à du matériel de "qualité inférieure" car "les matériaux habituels sont indisponibles". Et comme la diminution du nombre d’embarcations "ne réduit pas la demande globale de traversées mais accroît la demande par rapport à l’offre", le "nombre de personnes par canot a augmenté". Un phénomène qui n’a "cessé d’augmenter d’année en année".

Ensuite, les chercheurs pointent l’augmentation des effectifs de police sur le littoral. De 45 officiers en 2019 réparti dans la zone de Calais, ce chiffre est passé à 1 200 aujourd’hui et couvre toute la côte de Dunkerque à la baie de Somme. (...)

Les autorités françaises rappellent la responsabilité des passeurs dans les décès enregistréss contrôles ont fait de la traversée de la Manche "un itinéraire de plus en plus dangereux" commente le rapport qui, dans une cartographie recensant les incidents en mer, démontre que les décès ont de plus en plus lieu au niveau des côtes françaises. (...)

En conclusion, les experts estiment que les autorités ne tiennent pas compte de la détermination des exilés et "des raisons qui poussent tant de personnes à tenter de monter de force à bord de canots pneumatiques". Et, ce faisant, "occultent les effets des politiques anti-trafic, certes ’efficaces’, mais malavisées". (...)