Ce jeudi, les ministres de l’Intérieur français et britannique, Laurent Nunez et Shabana Mahmood, étaient présents à Dunkerque pour signer les nouveaux accords financiers sur la gestion de l’immigration à la frontière.
Après des mois de négociations, la France recevra finalement 766 millions d’euros du Royaume-Uni pour continuer la répression sur le littoral nord ces trois prochaines années (580 millions fixes et 186 millions flexibles “en fonction des résultats”).
L’objectif annoncé : empêcher les traversées par la mer des personnes exilées qui veulent demander l’asile au Royaume-Uni. Le même depuis 30 ans. Et pourtant, il apparaît clairement que, faute d’autres solutions, les personnes continuent de passer en prenant de plus en plus de risques.
Entre 2023 et 2026, déjà 543 millions ont été dépensés dans la surveillance et le renforcement policier. Ici à nouveau, les mesures annoncées sont : renforcement du matériel de surveillance (drones, hélicoptères, caméras), augmentation des effectifs de police (sur les 1200 agents déployés, 907 étaient financés par les fonds britanniques, ils passent à 1392), création de nouvelle unité “anti-émeute” de la Police Aux Frontières, etc.
Depuis le début de l’année, plus de 6000 personnes ont atteint les côtes anglaises. Même si ce chiffre est moins élevé que celui de l’année dernière à la même période, cette baisse ne reflète pas la soi-disant efficacité des politiques mises en place. Elle s’explique principalement par les conditions météorologiques : il y a eu 31 jours favorables aux traversées depuis début 2026, contre 59 jours sur la même période en 2025.
En revanche, les décès, eux, augmentent. Depuis 2023 (période correspondant aux débuts des importants financements liés à l’accord de Sandhurst), au moins 172 personnes ont perdu la vie, dont 123 en mer. Ces politiques ont des conséquences directes et mortelles. Les gouvernements français, britanniques et européens sont responsables.
Ce nouvel arsenal doit entrer en vigueur pour cet été. Pourtant, se contenter d’en énumérer les dispositions ne permet pas d’en saisir la portée réelle : il est indispensable d’en exposer les mécanismes concrets et d’en nommer clairement les effets.
L’accord organise une intensification assumée de la violence institutionnelle. Il renforce les moyens répressifs de l’État, tout en légitimant des techniques déjà dénoncées. En pratique, cela se traduira par une aggravation du harcèlement administratif et policier, une précarisation accrue des personnes concernées, ainsi qu’un isolement encore plus marqué de celles et ceux bloqué·es à la frontière.
Il ne s’agit pas d’une simple continuité des politiques existantes : cet accord marque un durcissement profond, dont les conséquences vont être dramatiques. Les gouvernements font le choix assumé de mettre encore plus de vies en danger alors que d’autres solutions sont possibles avec un meilleur accueil en France et en Europe, la fin du règlement Dublin, et des voies de passage sûres pour celles et ceux qui souhaitent demander l’asile au Royaume-Uni.