Dans un avis rendu jeudi, l’avocat général de la Cour de justice de l’UE a estimé que l’accord conclu par l’Italie avec l’Albanie pour y transférer des migrants le temps de l’examen de leur demande d’asile était, en principe, conforme au droit européen.
C’est une déclaration qui pourrait donner un coup de pouce juridique à un accord controversé. Jeudi 23 avril, l’avocat général de la Cour de justice de l’UE a estimé que l’accord conclu fin 2023 par l’Italie, afin d’envoyer des migrants en Albanie pendant l’examen de leur demande d’asile, est en principe compatible avec les règles de l’Union européenne.
Dans un communiqué, la plus haute juridiction européenne relève que "l’avocat général note que le droit de l’Union n’empêche pas un État membre de créer un centre de rétention pour les procédures de retour en dehors de son propre territoire".
Toutefois, elle précise que les droits individuels de l’exilé doivent être respectés. (...)
Cet avis rendu jeudi, certes non contraignant, servira de base à la décision que rendra ultérieurement la CJUE. (...)
Les structures établies en Albanie, construites dans l’idée d’y transférer des exilés le temps du traitement de leur demande d’asile par l’Italie, avaient été reconverties en mars 2025 en centres de retour et de rétention après plusieurs camouflets judiciaires, avant de finalement redevenir en février 2026 des centres de traitement de demandes d’asile.
Jugés "dangereux" par de nombreuses ONG, ces centres - gérés par des Italiens et placés sous juridiction italienne - sont restés en grande partie vides ces derniers mois en raison de recours judiciaires. Les juges avaient en effet ordonné le retour en Italie de migrants transférés en Albanie peu après la conclusion de l’accord, invoquant des préoccupations quant au respect du droit de l’Union européenne. En un an, entre octobre 2024 et octobre 2025, seules 132 personnes ont été emmenées dans les centres albanais, dont 32 ont été rapatriées après des décisions de la justice italienne.
En 2025, la Cour d’appel de Rome avait rejeté de nouvelles ordonnances de détention, ce qui a conduit les autorités italiennes à saisir la Cour suprême italienne, laquelle a de son côté renvoyé les questions juridiques devant la Cour de justice de l’Union européenne. Cet avis rendu jeudi vient redonner une justification juridique à l’accord, et servira de base à la décision que rendra ultérieurement la CJUE.
"Hubs de retour"
Malgré toutes ces contestations, Giorgia Meloni poursuit coûte que coûte ce projet d’externalisation de l’asile et des retours. (...)
Outre la création de ces "hubs de retour" dans des pays hors des frontières de l’Union européenne (UE) où seraient envoyés les migrants déboutés de l’asile et détenteurs d’une Obligation de quitter le territoire (OQT), ce texte prévoit également la possibilité pour les États de mener des expulsions vers des "pays tiers sûrs" - avec lequel l’étranger n’a parfois aucun lien.
image : Luxofluxo, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons