Entre affirmations catastrophistes sur le recul économique de la France en Afrique et immutabilité rêvée de l’exploitation coloniale, un rapport de l’association Survie tente de démêler le mythe de la réalité et fait le point sur les intérêts économiques de la France sur le continent.
« Le constat est sans appel : les statistiques du commerce international confirment l’érosion continue des parts de marché françaises en Afrique francophone, tant à l’import qu’à l’export », affirme d’emblée le rapport de Survie disponible depuis le 13 janvier ici. (...)
au-delà du fantôme disparu de l’Empire colonial, il faut compter avec un autre effacement, à l’intérieur des frontières de la France : « Un tissu industriel hexagonal laminé par quatre décennies de néolibéralisme et de délocalisations. » « La désindustrialisation française a réorganisé les flux avec l’Afrique, notamment francophone, et cette évolution majeure débute bien avant l’essor économique de la Chine, contrairement aux idées reçues », insiste Survie. (...)
Le grand chambardement de la mondialisation (...)
« Les parts de marché françaises en Afrique subsaharienne ont certes été divisées par cinq en soixante ans mais dans un marché dont la taille a été multipliée par douze. » (...)
« Désormais […], c’est en Asie que le coton burkinabè devient le T-shirt vendu à Paris ou à Ouagadougou par une multinationale française, chinoise ou américaine du textile. »
Une perte de compétitivité française (...)
Cependant, le recul économique de la France sur le continent doit être nuancé. (...)
Soixante pour cent du chiffre d’affaires des multinationales françaises présentes sur le continent est réalisé dans l’ex-empire colonial.
Les filiales africaines : une spécificité néocoloniale
Et les auteurs de mettre en exergue, au-delà des chiffres du commerce international, la persistance d’une « spécificité néocoloniale bien française » : « Les entreprises hexagonales ont maintenu dans les anciennes colonies un tissu très dense de filiales locales » (...)
Sans surprise, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun sont les trois pays où les filiales des entreprises françaises réalisent les chiffres d’affaires cumulés les plus importants – en hausse – devant le Gabon. (...)
les entreprises françaises et leurs filiales « restent ainsi une matrice économique étouffante, écrasante face aux velléités de souveraineté dans le champ commercial et productif ».
Une asymétrie qui perdure
L’asymétrie caractérise ces relations : l’excédent commercial français persiste depuis 1961 et s’accroît. La France pèse encore beaucoup dans les économies de ses anciennes colonies. (...)
L’asymétrie de ces relations héritée des indépendances s’est accentuée, et elle « induit une perception très différente des intérêts hexagonaux lorsqu’on les regarde depuis la France ou depuis l’Afrique ». (...)
Parmi ces « nouveaux empires » de la France en Afrique figurent des héritières coloniales implantées de longue date mais aussi des acteurs nouveaux : Somdiaa (famille Vilgrain), dans le sucre, le brasseur Castel, Bolloré, délesté du tabac, de la logistique, des ports et du transport mais revenu avec la télévision, Saur International, ex-filiale de Bouygues, et sa concurrente Vivendi, qui se partagent les secteurs de l’eau et de l’énergie dans une petite dizaine de pays, et France Télécom/Orange dans les télécommunications (second opérateur du continent). À partir des anciennes colonies, ces acteurs ont progressé au-delà de l’ancien pré carré.
Une forte croissance tirée par l’exploitation pétrolière (...)
Cette très forte croissance repose essentiellement, en réalité, sur les secteurs extractifs angolais et nigérian. (...)