Au cours d’une enquête sur EDF, Géraldine Hallot, journaliste à la cellule investigation de Radio France, a créé de fausses pistes pour protéger sa source.
Le code a changé : la remise de documents imprimés par une source à un journaliste — dispositif à l’origine d’innombrables révélations — n’est plus du tout sûre. C’est ce qu’on apprend en découvrant les coulisses de cette enquête de Géraldine Hallot. Journaliste à la cellule investigation de Radio France, elle est particulièrement attentive aux dangers que font peser sur la confidentialité des échanges les outils technologiques dont nous nous servons au quotidien. Et sait retourner ces pièges à son avantage pour mieux brouiller les pistes.
« En septembre 2023, une connaissance me glisse : « Je connais quelqu’un chez EDF qui aimerait te parler. » J’échange brièvement avec cette personne, qui me met à son tour en relation avec un de ses collègues. Notre premier rendez-vous se déroule sur Jitsi, une plateforme de visioconférences dont le chiffrement est assuré de bout en bout, et qui, surtout, n’est pas utilisée chez EDF.
Je découvre un ingénieur encore jeune. Il m’explique que son équipe doit concevoir une centrale hydroélectrique sur le site de Neom, une mégalopole grande comme la Belgique que le prince héritier d’Arabie saoudite a décidé de construire en plein désert — équipée d’une station de ski, d’un port flottant, d’une île et d’une ville-immeuble longue de 170 kilomètres où, dit-on, on pourra circuler en taxis volants.
Ce projet le heurte profondément. Ce qui le motive, c’est d’apporter de l’électricité à des populations qui en ont besoin, pas d’allumer une lune artificielle pour distraire des millionnaires en quête de nouvelles expériences touristiques. Il ne comprend pas non plus comment son entreprise peut à la fois enjoindre les Français à la sobriété énergétique et s’engager dans un tel chantier. (...)