La Commission européenne va financer l’ouverture d’un centre de coordination de sauvetage maritime (MRCC) à Benghazi, dans l’est de la Libye. Sur le même modèle que l’accord signé avec Tripoli, les autorités de l’est libyen seront chargées d’intercepter les migrants en Méditerranée avant qu’ils n’atteignent les rives européennes. En 2025, la route de Tobrouk, qui relie cette ville de l’Est de la Libye à la Crète, s’est largement développée et l’île grecque a connu trois fois plus d’arrivées de migrants qu’en 2024.
Malgré les critiques sur son partenariat avec le gouvernement de l’ouest libyen, l’Union européenne (UE) entend dupliquer son modèle de lutte contre l’immigration illégale avec les autorités de l’est. (...)
Et ce, alors que ce gouvernement n’est pas reconnu par l’UE. Mais "comme nous l’avons maintes fois affirmé, la Commission européenne est déterminée à travailler et à coopérer avec tous les acteurs clés en Libye pour relever les défis communs, notamment la gestion des migrations", déclare à InfoMigrants un porte-parole de l’institution européenne. (...)
L’Italie, à l’initiative de ce projet, doit prendre en charge la mise en œuvre du plan. "Cela comprend notamment l’installation d’une tour avec radar et technologie de surveillance, qui doit être construite à Tobrouk", précise le média ND. (...)
En 2025, plus de 26 000 migrants ont été arrêtés en Méditerranée centrale par les forces libyennes et renvoyés dans le pays, selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM). Un nombre en constante augmentation : en 2024, plus de 21 000 personnes avaient été interceptées, et 17 000 en 2023. (...)
Ces interceptions sont souvent émaillées de violences. À plusieurs reprises ces dernières années, les gardes-côtes libyens ont été accusés de faire usage de leurs armes lors de ces opérations.
En février 2022, un migrant est mort et trois autres ont été blessés après des tirs des forces libyennes en direction de leur embarcation. Des navires humanitaires d’ONG ont également déjà été pris pour cible par des tirs libyens.
Certaines interventions en mer ont même abouti à des drames. Le 6 novembre 2017, près de 20 personnes, des hommes, des femmes et des enfants, se sont noyées en Méditerranée en raison de l’inaction des autorités libyennes et de leur amateurisme. (...)
Les exilés ramenés contre leur gré en Libye se retrouvent généralement en prison où ils sont soumis à des traitements inhumains (tortures, passages à tabac, humiliations, viols, voire assassinats) dénoncés par de multiples organisations internationales.
Depuis des années, la rédaction d’InfoMigrants reçoit des messages de personnes retenues captives en Libye et soumises à toutes sortes de tortures.
Craintes des défenseurs des droits
Dans ce contexte, les ONG s’inquiètent de ce nouveau partenariat entre l’UE et Benghazi. Ce centre "n’est pas une structure dédiée au sauvetage, mais une salle opérationnelle pour coordonner les opérations d’interception et de capture en mer de personnes fuyant les gardes-côtes libyens, qui a permis au fil des ans le rejet indirect et la déportation de dizaines de milliers de personnes vers la Libye, en violation des droits humains fondamentaux", estime l’association italienne Mediterranea Saving Humans. (...)