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Une mère et sa fille de 7 ans jetées trois fois en prison en Libye : "J’ai encore des cicatrices sur mon visage tellement ils me frappaient"
#Libye #migrants #immigration #tortures #viols #fossescommunes #UE
Article mis en ligne le 25 janvier 2026
dernière modification le 23 janvier 2026

Marie et sa fille de sept ans, Aya, sont camerounaises. Elles sont passées par les terribles prisons de Zaouïa et d’Abou Salim en Libye en 2024 et 2025, pendant plusieurs mois à chaque fois. Elles vivent aujourd’hui à Zintan, au sud de la capitale. Témoignage.

Quand ils nous ont arrêtés, ils nous ont dit qu’ils allaient nous rapatrier dans notre pays. Mais c’était faux, ils nous ont enfermés.

Depuis 2017, les autorités libyennes sont chargées par l’Union européenne d’intercepter les canots de migrants en partance illégalement pour l’Europe, notamment pour les côtes italiennes de Lampedusa, à 300 km de la Libye. En 2025, plus de 26 000 migrants ont ainsi été interceptés en mer et ramenés de force dans le pays. Les interceptions ont été, à de nombreuses reprises, émaillées de violences. Les Libyens sont régulièrement accusés de faire usage d’armes à feu lors de ces opérations. Une fois à terre, les migrants sont généralement envoyés dans des centres de détention. (...)

Ils m’ont emmenée dans la prison de Zaouïa. J’y suis restée trois mois avec ma fille. J’ai été battue, j’ai été frappée. Je n’avais pas d’argent pour payer les 5 000 dinars [environ 670 euros, ndlr] de rançon que les Libyens me réclamaient pour notre libération. C’est pour ça que je suis restée longtemps à ‘Osama prison’ [le surnom donné au centre de Zawiyah, ndlr].

Au bout de trois mois, Marie a réussi à s’enfuir avec sa fille et des dizaines d’autres migrants qui se révoltent et "cassent les portes" de la prison, explique-t-elle.
"Tout le monde est tombé à l’eau"

Une fois sortie, j’ai tenté de retraverser la Méditerranée. Cette fois-ci, les Libyens ne nous ont pas arrêtés, mais le canot était mal fixé, tout était bancal. Quand le passeur a lancé le bateau, certains ont tout de suite voulu rebrousser chemin, revenir vers la plage. Mais d’autres ont voulu continuer malgré tout. Alors on a continué. Personne n’avait de gilet de sauvetage.

Au bout d’une heure, il y eu beaucoup d’eau, on a bien vu que le bateau s’enfonçait. Les vagues sont entrées, tout le monde est tombé à l’eau. Je suis tombée avec ma fille. Il y a avait beaucoup de vagues, si vous saviez, elles étaient fortes et énormes...

J’ai été sauvée parce qu’un passager m’a lancé une chambre à air pour que je m’y accroche avec Aya (...)

Plus tard, la mère et la fille sont à nouveau arrêtées. Des policiers surgissent dans un appartement pendant que Marie faisait le ménage. "Des Libyens sont venus et ont cassé les portes, ils ont pris beaucoup de Noirs, ce jour-là". Direction la prison d’Abou Salim, à Tripoli, pour cinq mois.

"La vie en prison est horrible"

C’est la deuxième fois que j’allais en prison. Je ne faisais que prier pour m’en sortir. Je n’avais rien, pas d’argent pour payer la rançon qu’on me demandait. (...)

J’ai réussi à sortir parce qu’une femme arabe qui vivait pas loin cherchait une domestique. Elle a demandé à des gardiens de la prison si une Noire pouvait travailler pour elle. (...)
elle ne m’a jamais payé, non. Elle me disait qu’elle avait payé ma rançon et qu’elle se remboursait. Au bout de quelques semaines, elle m’a prise en pitié, je crois. Elle m’a autorisée à partir.

La majorité des migrants jetés arbitrairement en prison sont victimes d’extorsions. Les geôliers les torturent, les filment et envoient les vidéos à leurs familles pour demander des rançons. Mais de nombreux migrants meurent en détention, faute de famille et d’argent.

Un jour, ils ont voulu me violer. Aya a hurlé, elle a pleuré, elle s’est jetée sur moi pour les empêcher de me faire ça. Elle a crié : ’Laissez ma maman, laissez-la !’ Alors ils m’ont laissée, mais ils ont violé les autres femmes à côté de moi.

Pour Aya, la prison a été horrible. Il y avait d’autres enfants. Mais ils ne jouaient pas, ils n’avaient rien pour jouer de toute façon. Le quotidien d’Aya, c’était dormir et pleurer. Elle s’accrochait à moi en pleurant. Les enfants en prison ne peuvent rien faire. Quand on vous arrête, on vous prend tout, on ne vous laisse rien.

Un jour, elle n’a plus réussi à marcher. Je crois que mon enfant était devenue très faible. On ne nous nourrissait pas, pas assez. (...)

On nous tapait tous les jours. Les femmes n’ont jamais été épargnées. Ils tapaient souvent ceux qui ne les comprenaient pas. Comme moi. Je ne parlais pas l’arabe, alors ça les énervait. Et quand je ne les comprenais pas, c’était la bastonnade."
(...)