Le parquet de Lyon a annoncé, jeudi 19 février, la mise en examen de deux hommes pour « homicide volontaire » dans l’enquête sur la mort de Quentin Deranque, frappé à mort il y a une semaine. Un troisième suspect, Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député La France insoumise Raphaël Arnault, a été mis en examen pour « complicité par instigation », tandis que quatre autres personnes doivent encore être présentées aux juges d’instruction dans la soirée en vue de leur mise en examen.
Un peu plus tôt, le magistrat avait requis la mise en examen et le placement en détention provisoire des sept hommes, âgés de 20 à 26 ans. Interpellés mardi soir et mercredi, « deux ont refusé de s’exprimer » pendant leur garde à vue, les autres « reconnaissent leur présence » sur les lieux de l’agression et « certains admettent avoir porté des coups » à Quentin Deranque « ou à d’autres victimes », a-t-il précisé. Tous « contestent l’intention » de tuer.
Parmi les sept suspects figurent des étudiants, des employés du secteur privé, une personne sans emploi et un assistant parlementaire, a détaillé le magistrat. (...)
Devant les enquêteurs, Jacques-Elie Favrot « a reconnu [...] la commission de violences et sa présence sur les lieux » mais « a indiqué qu’il n’était pas l’auteur des coups qui ont provoqué le décès de M. Deranque », avait indiqué mercredi son avocat Bertrand Sayn. (...)
« Le procureur avait sollicité son placement à l’isolement pour sa protection » mais c’est un régime « particulièrement difficile », a encore dit Bertrand Sayn qui a plaidé pour son placement en détention dans une maison d’arrêt de la région, ce qui a été accepté par le juge des libertés et de la détention. (...)
« Ultragauche »
Trois des sept suspects « déclarent avoir fait partie ou être proche de la mouvance d’ultragauche », selon Thierry Dran, qui a justifié la demande de mise sous écrou des sept hommes en raison du « risque de trouble à l’ordre public », de concertation et de destruction de preuves. Le magistrat a ouvert une information judiciaire confiée à trois juges d’instruction désormais chargés de l’enquête. (...)
Marche hommage
Jeudi la famille du jeune homme a appelé « au calme et à la retenue » et dénoncé « toute forme de violence politique », à deux jours d’une marche prévue, si elle est autorisée, en hommage à leur fils à Lyon. Le maire écologiste Grégory Doucet a demandé à la préfecture d’interdire pour des raisons de sécurité cette marche réclamant « Justice pour Quentin, tué par les antifas », dont l’appel est largement relayé par l’extrême droite sur les réseaux sociaux.
Bastien Brajon, l’avocat des parents de Quentin Deranque, a annoncé qu’ils n’y participeraient pas et « souhaitent que si des personnes veulent s’agréger à cette initiative, qu’elles le fassent dans le calme, dans la retenue et sans expression politique ». Cette marche n’a pour l’heure été ni autorisée ni interdite par la préfecture, dont les services continuent d’« évaluer » les risques qu’elle pourrait poser « pour la sécurité des participants comme des habitants ». (...)
La pression s’intensifie sur La France insoumise, notamment à droite et à l’extrême droite qui lui attribuent volontiers une « responsabilité » dans le drame en raison notamment de ses « liens » avec le groupe d’ultragauche dissout la Jeune Garde Antifasciste, fondée par Raphaël Arnault.
Face à l’offensive contre LFI, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a martelé qu’il n’était « pas question » de suspendre ou d’exclure Raphaël Arnault du groupe LFI à l’Assemblée nationale, au motif notamment qu’il ne saurait être « tenu responsable des actes de ses salariés ». Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a appelé Raphaël Arnault à « tirer les conclusions » si la justice « trouve des indices graves et concordants » sur ses collaborateurs. Et le patron de LR Bruno Retailleau a exigé sa démission.