Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
l’Humanité/Tribune
Nos manuels scolaires ne doivent pas financer la bataille idéologique de l’extrême droite
#EducationNationale #manuelsScolaires #edition #Extreemdroite #resistance
Article mis en ligne le 24 avril 2026
dernière modification le 21 avril 2026

Face à l’offensive Bolloré dans le monde de l’édition, des personnels de l’éducation appellent à des choix pédagogiques qui refusent les biais sexistes, racistes et validistes, et proposent des contenus aptes à renouveler les enseignements.

La rentrée 2025 a été marquée par une tribune pour la défense des manuels scolaires. Signée par des personnalités du monde littéraire, de l’édition, de l’éducation, cette tribune réagit à une mesure imposée par la région Île-de-France, conduisant à la suppression des manuels scolaires pour leur substituer une plateforme en ligne aux contenus problématiques. Les signataires dénoncent « une erreur pédagogique, sociale et démocratique ».

Le recours aux ressources hébergées par cette plateforme, en lieu et place de manuels scolaires, permet de faire des économies sur le dos des élèves : la plateforme est en accès libre quand les manuels scolaires nécessitent un financement qui, pour le lycée, incombe aux régions.

Sans nul doute, il y a nécessité à se mobiliser pour la défense des manuels scolaires et à revendiquer le maintien de financements publics pour leur acquisition par les établissements et les familles. Mais il y a une vigilance à avoir sur qui capte ces fonds afin que cet argent public ne serve pas à entretenir celle qui est tapie derrière le marché de l’édition scolaire : l’extrême droite. (...)

depuis 2023, c’est Vincent Bolloré qui possède le groupe Hachette, s’assurant ainsi la maîtrise de l’édition scolaire, au service de la bataille idéologique qu’il mène pour l’extrême droite. Il appartient à toute personne attachée au service public d’éducation de refuser de se rendre complice de cette emprise exercée par Bolloré et d’entrer en résistance. (...)

L’obsession que nourrit l’extrême droite pour l’école est ancienne. Avec Zemmour, l’ensemble de l’extrême droite reconnaît que « l’école est la mère des batailles » et place la question scolaire au cœur de son projet politique. (...)

Pour l’heure, les manuels scolaires ne sont pas des agents de la propagande d’extrême droite et se conforment encore aux programmes. Cependant, la menace existe (...)

Dans tous les cas, l’édition scolaire revêt pour Bolloré et l’extrême droite un intérêt économique non négligeable. (...)

Aux manuels scolaires, il faut ajouter les livres que les profs font acheter aux élèves pour être étudiés en classe. Là encore, le financement est en partie sur fonds publics, les parents disposant d’aides des collectivités territoriales, variables selon les territoires. Il faut aussi prendre en compte les ouvrages acquis par les centres de documentation et d’information (CDI) des établissements scolaires. C’est un paquet d’argent public dédié à l’achat de livres.

Personne ne s’en plaint, au contraire : la question est de savoir qui on finance par ce biais. (...)

La résistance est difficile à mener, tant est tentaculaire l’empire de Bolloré. Elle est pourtant nécessaire. Il y a des failles dans cet empire, il faut s’y insérer, en faire des béances d’où surgira un autre monde. (...)

Personnels de l’éducation, opérons des choix pédagogiques qui profitent aux maisons d’édition indépendantes. Celles-ci sont souvent attentives à ne pas reproduire les biais sexistes, racistes, validistes de la société, proposent des contenus aptes à renouveler nos enseignements.

Cette résistance à l’empire de Bolloré est une occasion de réinventer nos pratiques, de découvrir d’autres textes et ressources à transmettre aux élèves, de leur faire entendre d’autres voix. (...)

C’est l’occasion de nous organiser, avec les salarié·es de l’édition et les parents, pour défendre une école qui échappe aux carcans autoritaires, à la compétition, au mérite, à la rentabilité. C’est l’occasion de réinventer l’école.

Signataires :

Laurence De Cock, historienne et enseignante

Grégory Chambat, enseignant en UPE2A, militant SUD éducation 78, membre du collectif Questions de classe(s)

Frédéric Grimaud, professeur des écoles docteur en sciences de l’éducation

Philippe Meirieu, professeur honoraire de sciences de l’éducation

Célia Izoard, journaliste et essayiste

Olivier Chaïbi, professeur agrégé, docteur en histoire, formateur

Geoffrey Gilbert, militant ICEM 49, professeur des écoles.

Angélique Benasayag, PRAG Inspé de Créteil, formation 1er degré.

Olivier Vinay, élu Emancipation au bureau national de la FSU

Sophie Djigo, philosophe, CIPh

Léo Walter, directeur d’école, syndicaliste FSU-SNUipp, ancien député LFI des Alpes-de-Haute-Provence

Romain Delaporte, co-secrétaire fédéral de SUD éducation

Magali Jacquemin, professeure des écoles, membre du collectif Questions de classe(s) et de l’Icem Pédagogie Freinet

Mathieu Billière, professeure de lettres

Arthur Serret, professeur des écoles, membre du collectif Questions de classe(s) et de l’ICEM – Pédagogie Freinet

François Spinner, Sud Éducation 91 et Questions de classe(s)

Raphael Pradeau, porte-parole d’Attac France

Corinne Morel Darleux, autrice

Alain Chevarin, enseignant retraité, syndicaliste

Dominique Piveteaud, formateur, militant pédagogique (GFEN)

Marine Bignon, élue Émancipation à la Commission Administrative Nationale du SNES-FSU

Anne Coadic, professeure des écoles, membre du conseil d’administration de VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes)

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, porte-parole

Gwénaël Le Paih, secrétaire général adjoint du SNES-FSU

Priscilla Manzanares, co-secrétaire fédérale de SUD éducation