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« On s’est fait rouler dessus par le privé » : des associations craignent une privatisation de l’Evars
#EducationNationale #educationalaSexualite #EVARS
Article mis en ligne le 8 janvier 2026
dernière modification le 7 janvier 2026

Alors qu’un programme d’éducation à la sexualité est pour la première fois imposé à tous les établissements scolaires depuis la rentrée 2025, des associations, syndicats et enseignants s’inquiètent de l’arrivée d’acteurs privés sur le marché.

« Ce que nous présagions est arrivé : de grosses start-up validées par l’Éducation nationale proposent des séances d’Evars pour les élèves, des formations et des contenus clé en main pour les enseignants, des vidéos pédagogiques pour parents… » (...)

Une délégation au privé faute de moyens

Un programme détaillé d’Evars s’applique pour la première fois depuis la rentrée 2025 dans l’Éducation nationale. Et l’État a été condamné le 2 décembre dernier par le tribunal administratif de Paris pour avoir manqué à son obligation de mettre en place des séances d’éducation sexuelle à l’école, pourtant obligatoires depuis 2001.

Les établissements scolaires sont désormais priés de respecter la loi. Et ce, à marche forcée et « sans moyens à la hauteur pour l’appliquer », dénonce Marion Mornet. (...)

Peu à peu, des associations expertes sur le sujet, comme le Planning familial, se voient ainsi restreindre l’accès aux écoles maternelles et primaires. (...)

Certes, « plus de 16 000 personnes ont été formées depuis le mois de février 2025 », selon le ministère de l’Éducation nationale. Mais les enseignant·es se trouvent encore bien démuni·es face au nouveau programme. Marion Mornet craint que, d’ici quelques années, les associations écartées de l’école primaire soient également exclues du second degré. Alors que de nouveaux acteurs arrivent sur le marché. (...)

Tout comme Sylex, Intim’Ed affiche en outre comme partenaire le gestionnaire d’accès aux ressources qui permet une transmission sécurisée de données via l’ENT, l’espace numérique de travail du personnel de l’Éducation nationale. « Pour être accroché au gestionnaire d’accès aux ressources de l’ENT, c’est un processus très long, qui pour nous a duré presque huit mois », détaille Evelyn Gil-Passet.

Une fois cette étape validée, la ressource devient techniquement accessible, « mais c’est à chaque établissement de s’abonner. (...)

Intim’Ed et Sylex étaient également référencées dans le catalogue des ressources de la région Sud et de la région Île-de-France, et à ce titre, financées par celles-ci, avant d’être supprimées. (...)

Une fois validées, ces ressources ne sont financées par la collectivité que si un établissement les sélectionne, auquel cas il la paie avec le budget dédié aux ressources qui est mis à sa disposition par la région. (...)

Le ministère « ne soutient aucune démarche commerciale »

Le ministère de l’Éducation nationale, à qui nous avons demandé des précisions à ce sujet, répond qu’il « ne soutient aucune démarche commerciale et ne préconise pas les produits dits “clefs en main“ puisque les séances sont toujours construites par les personnels de l’éducation nationale pour plus de cohérence avec les besoins de leurs élèves ». (...)

Un cadre d’autant plus indispensable que l’Evars, « qui touche des sujets intimes qu’il faut manier avec précaution », « est une thématique qui se vit, qui se débat », appuie Marion Mornet du Planning familial. (...)

Les fondatrices d’Intim’Ed comme de Sylex affirment de leur côté respecter le programme Evar/Evars et ne surtout pas vouloir se substituer aux enseignants ou aux associations. (...)

« Une plateforme en ligne est moins chère »

Reste qu’avec une licence à 49 euros par classe pour Sylex, et à 290 euros par an pour un établissement de moins de 300 élèves pour Intim’Ed – et jusqu’à 690 euros pour plus de 1500 élèves, les tarifs pratiqués par le privé restent bien souvent inférieurs à ceux proposés par les associations. (...)

Le vaste écosystème de Stérin soutient déjà de nombreuses associations conservatrices spécialisées en Evars, mais également Lift, une entreprise proposant des programmes en ligne d’éducation à la sexualité. (...)

Se concentrant sur « l’éducation au consentement, la prévention contre la pornographie, les langages de l’amour, les sentiments amoureux », cette ancienne proche de la Manif pour tous assume sur son site de ne parler ni de contraception, ni d’avortement, ni d’infections et maladies sexuellement transmissibles, tout en se défendant d’être « une conservatrice religieuse et une extrémiste de droite, anti-contraception et anti-IVG ». Son site ne fait pas non plus mention de LGBTphobies ou d’identité de genre, mais uniquement de « l’obsession de l’orientation sexuelle ». (...)