Après avoir subi une longue série d’assassinats et d’attentats, la République islamique entend se venger, mais aussi répondre aux inquiétudes de ses alliés. Tout en maintenant sa prudence face à la guerre à Gaza. De son côté, Israël continue ses assassinats ciblés, tuant samedi matin deux responsables des Gardiens de la révolution à Damas.
La dissuasion par les représailles. C’est un concept stratégique développé depuis 2018 par le commandement du corps des Gardiens de la révolution islamique (les Pasdarans), l’armée idéologique du régime : montrer ses muscles et frapper l’adversaire, tout en se gardant de dépasser les règles d’engagement et de provoquer une escalade du conflit. Cette théorie, Téhéran l’a réactivée le 15 janvier, en tirant des missiles balistiques sur Erbil, la capitale du Kurdistan d’Irak, puis, quelques heures plus tard, sur le nord-ouest de la Syrie et, enfin, jeudi 18, sur le Baloutchistan pakistanais.
Depuis l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre, la République islamique se contentait de mener une guerre par procuration contre l’État hébreu. Elle laissait ainsi ses alliés (les houthis du Yémen, le Hezbollah libanais) et ses mandataires (essentiellement les milices chiites irakiennes), réunis sous son égide au sein de « l’axe de la résistance », ouvrir des fronts depuis une « chambre des opérations conjointes ». Elle s’employait aussi à les conseiller et à les armer.
C’est l’une des réunions des responsables de cet « axe de résistance » à Damas qu’Israël a frappé samedi 20 janvier au matin, tuant quatre hauts responsables des Gardiens de la révolution (...)
Pour autant, la République islamique n’a pas cessé d’être active sur le terrain diplomatique. À la fois pour éviter une confrontation directe avec l’armée israélienne, qu’elle sait ne pas pouvoir gagner, et pour s’afficher comme le champion de la cause palestinienne et sauver le Hamas en exigeant un cessez-le-feu.
Puisque l’attention de ses ennemis est polarisée ailleurs, l’Iran s’est aussi employé à développer son programme nucléaire militaire (...)
Mais cet engagement indirect n’a pas empêché le pays de prendre des coups très durs. Outre les dirigeants des Pasdarans tués samedi à Damas, l’État hébreu a éliminé Seyyed Radhi Moussavi, un très haut gradé iranien, responsable du transfert d’armes de l’Iran vers la Syrie, le Liban, l’Irak, le Yémen et les territoires palestiniens. (...)
Le régime doit aussi compter avec les cercles les plus durs qui lui reprochent de n’avoir toujours pas vengé l’assassinat de Soleimani, quand bien même il s’y était solennellement engagé lors de ses funérailles. Pour le commandement des Pasdarans, il devenait dès lors vital de venger ces assassinats qui visent à désorganiser la chaîne de commandement de « l’axe de la résistance ».
Il fallait aussi rassurer celui-ci, d’autant plus que Téhéran n’avait pas encore réagi aux frappes des Américains et des Anglais contre ses alliés houthis. C’est dans ce contexte que les Gardiens de la révolution ont réactivé de la dissuasion par la punition. (...)
Riposte finalement timide
Si pour nombre d’observateurs, les tirs de missiles balistiques apparaissent comme un pas de plus dans l’engagement de l’Iran dans la guerre de Gaza, d’autres soulignent à l’inverse qu’aucun des communiqués officiels n’évoque ce conflit. « L’attaque ne correspond pas à un changement de stratégie de l’Iran sur Gaza, insiste le politiste iranien Abdolrassool Divsallar, chercheur au Middle East Institute. Elle n’est ni nouvelle ni inattendue. Le choix des cibles confirme au contraire le choix de Téhéran de ne pas s’engager directement dans la guerre. »
Pour preuve, le nouveau consulat américain en construction à Erbil, qui se trouvait dans le périmètre bombardé, n’a pas été touché, pas plus que d’autres installations américaines ou de la coalition internationale. (...)
Pour un autre chercheur iranien, qui a occupé des fonctions politiques importantes au début de la République islamique et a requis l’anonymat, les tirs balistiques sont même « une réaction bien timide et contrôlée » du régime iranien. (...)
Néanmoins, ce chercheur s’inquiète que « la guerre de Gaza se régionalise, même à pas comptés » et craint « des métastases, d’autant plus que le pompier américain est en train de perdre toute crédibilité pour impressionner ceux qui soufflent sur les flammes et contrôler le feu ».
Les frappes balistiques témoignent en tous les cas de la capacité de dissuasion acquise ces dernières années par l’Iran. (...)
Il s’agit, a poursuivi l’agence iranienne, d’« un message clair adressé au régime sioniste » sur la capacité de l’Iran à pouvoir toucher Tel-Aviv ou Jérusalem. (...)