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l’Humanité
Présidentielle : François Ruffin fait de « l’hostilité à l’immigration de travail » un axe de campagne
#electionPresidentielle #immigration #Ruffin
Article mis en ligne le 1er mai 2026
dernière modification le 30 avril 2026

Candidat à l’élection présidentielle dans le cadre d’une primaire, le député Debout ! a créé des remous dans le camp progressiste en déclarant son hostilité à l’immigration de travail. Faut-il y voir un glissement dangereux ou une fidélité aux positions de la gauche ?

Invité de Télématin sur France 2, ce mardi 28 avril, François Ruffin, député Debout ! et candidat à l’élection présidentielle, est interrogé sur la question de la situation des médecins étrangers. Et, plus largement, sur le sujet de la régularisation des travailleurs étrangers. « Aujourd’hui l’hôpital repose sur deux catégories exploitées : les médecins étrangers et les jeunes internes, dénonce-t-il. Ça ne doit pas être une fatalité, on ne doit pas s’en satisfaire, on doit chercher à en sortir. La France ne doit pas faire appel à des médecins tunisiens, algériens, roumains, elle doit avoir ses médecins qu’elle forme et qui nourrissent son système. Maintenant, en attendant, les médecins algériens, tunisiens, roumains doivent avoir les plein-droits et se sentir pleinement reconnus. » Et de poursuivre : « Moi, je suis hostile à l’immigration pour le travail (…) Je ne veux pas que ce qu’on a fait hier sur l’industrie, la métallurgie, on le refasse aujourd’hui sur les services. »

Réactions outrées et alliés encombrants (...)

Dès lors, sur les réseaux sociaux, les réactions enflammées s’enchaînent, en particulier du côté de la France insoumise (LFI), mais pas seulement. (...)

« Opposer travailleurs français et étrangers est dangereux. Le vrai problème, c’est l’exploitation des travailleurs et la xénophobie. L’immigration est une chance : celles et ceux qui étudient, travaillent ou viendront ici sont les bienvenus. Ne perdons pas nos repères », avertit Léa Balage El Mariky, députée écologiste de Paris. (...)

de biens encombrants alliés à la droite de l’échiquier politique. (...)

Il est pourtant inutile de préciser que l’éditorialiste et François Ruffin sont loin de partager la même ligne sur le sujet. Quand l’un défend les « travailleurs essentiels », dont beaucoup sont issus de l’immigration, et défend leur dignité en projetant de les sortir des griffes de l’exploitation capitaliste, l’autre s’insurge d’une certaine « exaltation identitaire de la diversité ».

Dans une note de blog, publiée ce mercredi 29 avril, François Ruffin remet le sujet sur le tapis. Loin d’être un accident, sa déclaration d’hostilité apparaît donc clairement comme une volonté manifeste d’imposer un thème de campagne par lequel il entend se démarquer. Un choix risqué. (...)

« La frontière, ce n’est pas un mur, c’est un filtre. Je ne suis pas favorable à la liberté de circulation des capitaux, des marchandises et des hommes. Il faut une régulation aux frontières. Dans les différentes formes d’immigration, il faut choisir », développait-il.

« Autant la France, dans sa tradition, doit accueillir les réfugiés politiques, autant je suis hostile au discours qui revient sur l’immigration choisie (…)

En se positionnant sur ce sujet avec ce choix des mots, en insistant sur son « hostilité », François Ruffin cherche-t-il à parler aux électeurs du RN ? Voire à rallier les fameux « fâchés pas fachos », si tant est qu’ils existent ? Sur ce point, le débat fait rage à gauche depuis bien longtemps. (...)

En clair, tout en reconnaissant que le patronat organise la mise en concurrence des travailleurs, la gauche dans son ensemble répond que la meilleure réponse est d’aligner les droits du prolétariat par le haut, plutôt que de fermer les frontières. Car un travailleur régularisé est un travailleur moins exploitable. Peut-être que François Ruffin aurait pu choisir cet angle d’attaque plutôt qu’une déclaration d’hostilité. Quelques tweets nous auraient été épargnés.